Hommage à Akira Kurosawa (1910 -1998)

à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition

Du jeudi 23 octobre au samedi 25 octobre 2008

En cinquante de carrière (1943-1993), Akira Kurosawa surnommé en son pays « L’empereur du cinéma japonais », a écrit quelques-unes des plus belles pages du cinéma mondial. Il lui a fait don d’une dizaine de chefs-d’œuvre dont L’ange ivre (réalisé six ans avant Les Sept samouraïs), Le Château de l’araignée, Entre le Ciel et l’enfer, Barberousse et Dodes’kaden. A travers ses tragédies épiques, ses drames intimistes et ses fresques sociales, Kurosawa a été un infatigable scrutateur de l’âme humaine. Son cinéma est doublement universel, car il rayonne au-delà des frontières de l’espace mais aussi du temps : une force émotionnelle qui parle à tous les cœurs et continuera de le faire pour l’éternité…

Le château de l’araignée

1957 / JAPON / N&B / 110’ / VOSTF / 35mm

Avec Mifune Toshirô, Isuzu Yamada, Takashi Shimura

Japon, 16e siè­cle. En reve­nant d’une bataille vic­to­rieuse, le grand guer­rier Washizu et son fidèle second Miki, se per­dent en forêt. Ils ren­contrent une sor­cière qui leur pré­dit un grand ave­nir : Washizu pren­dra la place de son suze­rain avant de la céder au fils de Miki. Fort de cette pro­phé­tie, Washizu s’engage dans une san­glante conquête du pou­voir, sous l’influence de son épouse Asaji.


Steven Spielberg (qui pro­dui­sit son film Rêves) l’appe­lait assez jus­te­ment « le Shakespeare des temps moder­nes ». Cette très fidèle trans­po­si­tion du Macbeth de Shakespeare dans le Japon médié­val se révèle une véri­ta­ble splen­deur artis­ti­que. Kurosawa réus­sit pour­tant à être tout à la fois fidèle et très libre par rap­port à la pièce de Shakespeare. Il change ainsi l’époque (légè­re­ment : du 11e au 14e siè­cle), les noms et les lieux, et se sert sur­tout des codes très reconnais­sa­bles du théâ­tre Nô, qui sur­li­gnent encore le cli­mat obses­sion­nel du film, à la limite du fan­tas­ti­que.
À la fois fidèle à la let­tre et pro­fon­dé­ment japo­nais, ce Château de l’Araignée illus­tre la force d’ins­pi­ra­tion d’un réa­li­sa­teur majeur de l’his­toire du cinéma. Kurosawa mit cepen­dant plus d’un an pour réa­li­ser ce film, pour lequel il fit cons­truire un châ­teau sur les pen­tes du Mont Fuji. La cri­ti­que le jugea pour­tant trop grand-gui­gno­les­que à l’époque, et le film fut un échec. Il est aujourd’hui consi­déré comme l’un des plus beaux films de l’his­toire du cinéma. Une tren­taine d’années plus tard, Akira Kurosawa trans­po­sera cette fois Le Roi Lear, autre fameuse pièce de Shakespeare, avec Ran.

La forteresse cachée

1958 / JAPON / N&B / 139’ / VOSTF / 35mm

Avec Toshiro Mifune, Misa Uehara, Kamatari Fujiwara, Minoru Chiaki
Pendant les guer­res civi­les du XVI° siè­cle, plu­sieurs clans s’affron­tent. Le clan des Akizuki a été décimé par les autres, et seule demeure Yuki, la prin­cesse héri­tière, char­gée de refon­der la dynas­tie. Elle doit pour cela réus­sir à quit­ter les contrées hos­ti­les pour attein­dre les ter­ri­toi­res d’un clan allié en empor­tant avec elle un tré­sor qui sus­cite bien des convoi­ti­ses... Elle est aidée dans son entre­prise par son fidèle géné­ral Rokurôta Makabe, et deux pay­sans qu’ils vont croi­ser sur leur che­min.

Oeuvre épique et guer­rière, tour­née en Cinémascope Noir & Blanc, La Forteresse Cachée est consi­dé­rée à juste titre comme une œuvre-phare du réa­li­sa­teur. Ce film est ainsi connu pour avoir direc­te­ment influencé La Guerre des Etoiles de George Lucas, et Kurosawa n’hésite pas ici à intro­duire le comi­que avec les per­son­na­ges des deux pay­sans, gaf­feurs, rou­blards et mala­droits, véri­ta­ble tan­dem à la Laurel et Hardy, ver­sion nip­pone. Leur bêtise est contre­ba­lan­cée par le per­son­nage de Rokurôta (joué par Mifune), posé et réflé­chi. Le scé­na­rio est bien ficelé et la tech­ni­que fil­mi­que de Kurosawa rend cer­tai­nes scè­nes mémo­ra­bles, notam­ment les scè­nes de foule. Après deux films très som­bres (Le Château de l’Araignée et Les Bas-Fonds), Kurosawa livre ici un film d’aven­tu­res à l’état pur pour notre plus grand bon­heur.

Barberousse

1965 / JAPON / N&B / 185’ / VOSTF / 35mm

Avec Toshirô Mifune, Yûzô Kayama, Tsutomu Yamazaki

En 1820, à Edo, le jeune méde­cin Yasumoto est nommé interne à la cli­ni­que du doc­teur Kyojô Niide, sur­nommé Barberousse, le méde­cin des pau­vres. Au terme d’expé­rien­ces par­fois éprouvantes, Yasumoto décou­vre ainsi la misère des quar­tiers et s’ouvre au monde par l’inter­mé­diaire de Barberousse, devenu son men­tor. Barberousse mar­que la fin de la col­la­bo­ra­tion entre Kurosawa et Toshirô Mifune, en rai­son de diver­gen­ces artis­ti­ques entre les deux hom­mes.

Barberousse reste pour­tant un des rôles les plus mar­quants du grand acteur, qui opte ici pour un jeu d’une sobriété extrême, en accord avec la gra­vité du sujet. Barberousse mar­que aussi l’abou­tis­se­ment de la tech­ni­que à camé­ras mul­ti­ples employée par Kurosawa depuis les années 1950. Œuvre d’une pro­fonde matu­rité, Barberousse résonne tou­jours avec la même puis­sance aujourd’hui.

Sanjûrô

1962 / JAPON / N&B / 98’ / VOSTF / 35mm

Le samou­raï rônin Sanjûrô Tsubaki (Sanjûrô des Camélias) prend sous son aile une bande de jeu­nes guer­riers inex­pé­ri­men­tés et les aide à déjouer un com­plot contre le cham­bel­lan. Jouant de ruse avec les cons­pi­ra­teurs, Sanjuro se révè­lera un tac­ti­cien hors pair, avant de se confron­ter avec le redou­ta­ble Muroto, bras droit du chef des com­plo­teurs.

Pur film d’action, Sanjûrô reprend le per­son­nage de Yôjimbô, tourné par Kurosawa deux ans aupa­ra­vant. Le scé­na­rio se déploie comme une gigan­tes­que par­tie d’échecs, où le met­teur en scène orga­nise l’image et l’espace d’une manière excep­tion­nelle : servi par la musi­que géniale de Masaru Satô, Sanjurô est un des plus beaux films de sabre (chan­bara) qui soit ; et se ter­mine par un des duels les plus inouïs du genre.

Programme :

Jeudi 23 octo­bre
14h00 Le Château de l’arai­gnée
16h30 Sanjûrô

Vendredi 24 octo­bre
14h00 Sanjûrô
16h00 La Forteresse cachée
19h00 Barberousse

Samedi 25 octo­bre
14h00 Barberousse
17h30 La Forteresse cachée

Dates
Maison de la culture du Japon à Paris

Cinéma

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