En cinquante de carrière (1943-1993), Akira Kurosawa surnommé en son pays « L’empereur du cinéma japonais », a écrit quelques-unes des plus belles pages du cinéma mondial. Il lui a fait don d’une dizaine de chefs-d’œuvre dont L’ange ivre (réalisé six ans avant Les Sept samouraïs), Le Château de l’araignée, Entre le Ciel et l’enfer, Barberousse et Dodes’kaden. A travers ses tragédies épiques, ses drames intimistes et ses fresques sociales, Kurosawa a été un infatigable scrutateur de l’âme humaine. Son cinéma est doublement universel, car il rayonne au-delà des frontières de l’espace mais aussi du temps : une force émotionnelle qui parle à tous les cœurs et continuera de le faire pour l’éternité…

1957 / JAPON / N&B / 110’ / VOSTF / 35mm
Avec Mifune Toshirô, Isuzu Yamada, Takashi Shimura

Japon, 16e siècle. En revenant d’une bataille victorieuse, le grand guerrier Washizu et son fidèle second Miki, se perdent en forêt. Ils rencontrent une sorcière qui leur prédit un grand avenir : Washizu prendra la place de son suzerain avant de la céder au fils de Miki. Fort de cette prophétie, Washizu s’engage dans une sanglante conquête du pouvoir, sous l’influence de son épouse Asaji.
Steven Spielberg (qui produisit son film Rêves) l’appelait assez justement « le Shakespeare des temps modernes ». Cette très fidèle transposition du Macbeth de Shakespeare dans le Japon médiéval se révèle une véritable splendeur artistique. Kurosawa réussit pourtant à être tout à la fois fidèle et très libre par rapport à la pièce de Shakespeare. Il change ainsi l’époque (légèrement : du 11e au 14e siècle), les noms et les lieux, et se sert surtout des codes très reconnaissables du théâtre Nô, qui surlignent encore le climat obsessionnel du film, à la limite du fantastique.
À la fois fidèle à la lettre et profondément japonais, ce Château de l’Araignée illustre la force d’inspiration d’un réalisateur majeur de l’histoire du cinéma. Kurosawa mit cependant plus d’un an pour réaliser ce film, pour lequel il fit construire un château sur les pentes du Mont Fuji. La critique le jugea pourtant trop grand-guignolesque à l’époque, et le film fut un échec.
Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma. Une trentaine d’années plus tard, Akira Kurosawa transposera cette fois Le Roi Lear, autre fameuse pièce de Shakespeare, avec Ran.
1958 / JAPON / N&B / 139’ / VOSTF / 35mm
Avec Toshiro Mifune, Misa Uehara, Kamatari Fujiwara, Minoru Chiaki
Pendant les guerres civiles du XVI° siècle, plusieurs clans s’affrontent. Le clan des Akizuki a été décimé par les autres, et seule demeure Yuki, la princesse héritière, chargée de refonder la dynastie. Elle doit pour cela réussir à quitter les contrées hostiles pour atteindre les territoires d’un clan allié en emportant avec elle un trésor qui suscite bien des convoitises... Elle est aidée dans son entreprise par son fidèle général Rokurôta Makabe, et deux paysans qu’ils vont croiser sur leur chemin.
Oeuvre épique et guerrière, tournée en Cinémascope Noir & Blanc, La Forteresse Cachée est considérée à juste titre comme une œuvre-phare du réalisateur. Ce film est ainsi connu pour avoir directement influencé La Guerre des Etoiles de George Lucas, et Kurosawa n’hésite pas ici à introduire le comique avec les personnages des deux paysans, gaffeurs, roublards et maladroits, véritable tandem à la Laurel et Hardy, version nippone. Leur bêtise est contrebalancée par le personnage de Rokurôta (joué par Mifune), posé et réfléchi. Le scénario est bien ficelé et la technique filmique de Kurosawa rend certaines scènes mémorables, notamment les scènes de foule. Après deux films très sombres (Le Château de l’Araignée et Les Bas-Fonds), Kurosawa livre ici un film d’aventures à l’état pur pour notre plus grand bonheur.
1965 / JAPON / N&B / 185’ / VOSTF / 35mm
Avec Toshirô Mifune, Yûzô Kayama, Tsutomu Yamazaki
En 1820, à Edo, le jeune médecin Yasumoto est nommé interne à la clinique du docteur Kyojô Niide, surnommé Barberousse, le médecin des pauvres. Au terme d’expériences parfois éprouvantes, Yasumoto découvre ainsi la misère des quartiers et s’ouvre au monde par l’intermédiaire de Barberousse, devenu son mentor. Barberousse marque la fin de la collaboration entre Kurosawa et Toshirô Mifune, en raison de divergences artistiques entre les deux hommes.
Barberousse reste pourtant un des rôles les plus marquants du grand acteur, qui opte ici pour un jeu d’une sobriété extrême, en accord avec la gravité du sujet. Barberousse marque aussi l’aboutissement de la technique à caméras multiples employée par Kurosawa depuis les années 1950. Œuvre d’une profonde maturité, Barberousse résonne toujours avec la même puissance aujourd’hui.
1962 / JAPON / N&B / 98’ / VOSTF / 35mm
Le samouraï rônin Sanjûrô Tsubaki (Sanjûrô des Camélias) prend sous son aile une bande de jeunes guerriers inexpérimentés et les aide à déjouer un complot contre le chambellan. Jouant de ruse avec les conspirateurs, Sanjuro se révèlera un tacticien hors pair, avant de se confronter avec le redoutable Muroto, bras droit du chef des comploteurs.
Pur film d’action, Sanjûrô reprend le personnage de Yôjimbô, tourné par Kurosawa deux ans auparavant. Le scénario se déploie comme une gigantesque partie d’échecs, où le metteur en scène organise l’image et l’espace d’une manière exceptionnelle : servi par la musique géniale de Masaru Satô, Sanjurô est un des plus beaux films de sabre (chanbara) qui soit ; et se termine par un des duels les plus inouïs du genre.
Programme :
Jeudi 23 octobre
14h00 Le Château de l’araignée
16h30 Sanjûrô
Vendredi 24 octobre
14h00 Sanjûrô
16h00 La Forteresse cachée
19h00 Barberousse
Samedi 25 octobre
14h00 Barberousse
17h30 La Forteresse cachée