La rizière et l’asphalte – 2e partie

Les temps d’avant le documentaire : 1905-1945

Du jeudi 19 avril au jeudi 17 mai 2001

Les premiers pas du documentaire

L’appel­la­tion « cinéma docu­men­taire / dokyu­men­ta­rii eiga » est peu cou­rante dans le Japon d’avant 1945, car la tra­duc­tion qui fut rete­nue dans les années trente pour le mot anglais docu­men­tary des réa­li­sa­teurs et théo­ri­ciens Paul Rotha et John Grierson fut « cinéma cultu­rel / bunka eiga »
La nais­sance du cinéma docu­men­taire au Japon coïn­cide avec l’essor de ce der­nier sur la scène inter­na­tio­nale. Les pre­miè­res socié­tés de pro­duc­tion et d’impor­ta­tion de films envoient des opé­ra­teurs tour­ner des ima­ges de la Révolte des Boxers (Chine, 1900), sui­vre la mis­sion japo­naise d’explo­ra­tion de l’Antarctique en 1910 (voir le film Histoire du docu­men­taire d’actua­lité pré­senté dans ce pro­gramme), ou fil­mer la vic­toire japo­naise contre les Russes (1905). Tous ces évènements qui sont autant de sym­bo­les mar­quant l’entrée du Japon dans le 20e siè­cle ravis­sent le public et favo­ri­sent le déve­lop­pe­ment de l’indus­trie ciné­ma­to­gra­phi­que.
A cette époque, le docu­men­taire s’appelle encore « film repro­dui­sant des ima­ges réel­les / jis­sha eiga » ou « film de repor­tage / kiroku eiga ».

Souvenir de la guerre russo-japo­naise
Omoiokose nichiro tai­sen
5’ / 1905 / 35 mm / sous-titres fran­çais

Les repor­ta­ges fil­més sur la guerre russo-japo­naise (1904-1905) cons­ti­tuè­rent le prin­ci­pal de la pro­duc­tion des docu­men­tai­res d’actua­lité au cours de ces deux années. La pre­mière salle de cinéma avait ouvert à Tôkyô l’année pré­cé­dente, en 1903. Les mai­sons de pro­duc­tion dépê­chè­rent sur le front des équipes de tour­nage et se livrè­rent une concur­rence achar­née car ces repor­ta­ges étaient extrê­me­ment popu­lai­res. Sont pré­sen­tés ici des extraits de films tour­nés au cours de l’année 1905.

Le corps expé­di­tion­naire en Sibérie
Shiberia haken­gun no jôkyô
10’/ 1921 / vidéo Betacam / sous-titres fran­çais

Des ima­ges datant de 1921 mon­trant l’acti­vité du corps expé­di­tion­naire japo­nais en Sibérie. Les Japonais affron­tent l’armée révo­lu­tion­naire russe à Nikolaïevsk, sur l’estuaire du fleuve Amour, et finis­sent par occu­per le nord de l’île de Sakhaline.

Un tour­noi de sumô de ’Ere Meiji
Meiji Ozumô
6’ / 35 mm / sous-titres fran­çais

Une des tou­tes pre­miè­res pri­ses de vue japo­nai­ses réa­li­sées avec le pro­cédé d’Edison qui venait d’être importé au Japon en 1897, en même temps que le Cinématographe des Frères Lumière. C’est avec les tour­nois de sumô, les scè­nes de rue et les piè­ces de kabuki que les pre­miers opé­ra­teurs nip­pons s’essaient à l’art ciné­ma­to­gra­phi­que.

Les films éducatifs

Une idée reçue fait com­men­cer la géné­ra­li­sa­tion au Japon du 16mm à par­tir de 1945, grâce aux pro­jec­teurs Natco appor­tés par l’armée amé­ri­caine. En fait, le 16mm était déjà d’un usage très cou­rant au Japon avant la guerre. Légers et mania­bles, les 16mm cir­cu­laient à tra­vers tout l’Archipel, dans les écoles notam­ment, pour pré­sen­ter des films éducatifs et scien­ti­fi­ques. Les séries de films pro­dui­tes par la Brey’s Educational Films (USA) et les Kultur Film de la UFA (Allemagne) auront une grande influence sur le déve­lop­pe­ment du « docu­men­taire péda­go­gi­que / kyôiku eiga » japo­nais.

Voyage de Tôkyô à Aomori
Tokyo kara Aomori made
6’ / 1933 / vidéo Betacam / sous-titres fran­çais

Un voyage en train de 800 km au départ de la gare d’Ueno (Tôkyô) jusqu’à Aomori, ville por­tuaire de ’extrême nord de l’île Honshû, et der­nière étape avant l’île du Hokkaido. A la décou­verte des prin­ci­paux sites his­to­ri­ques et des par­ti­cu­la­ri­tés régio­na­les du Tôhoku, le Japon du nord-est. _ Un film éducatif typi­que de l’époque.

Architectures japo­nai­ses
Nihon no ken­chiku
13’/ 1937 / 16mm / sous-titres fran­çais

Une pré­sen­ta­tion géné­rale de l’archi­tec­ture japo­naise, des sanc­tuai­res shintô tra­di­tion­nels en bois aux immeu­bles d’habi­ta­tion moder­nes en béton. Film des­tiné à l’époque au public étranger. D’autres réa­li­sa­tions du même genre ont été pré­sen­tées à l’Exposition inter­na­tio­nale de Paris en 1937. Les ima­ges sont de Takashi Mimura, un des célè­bres camé­ra­men d’Akira Kurosawa.

Les films culturels

En 1939, la loi sur le contrôle des spec­ta­cles ciné­ma­to­gra­phi­ques est modi­fiée et impose aux exploi­tants de salle d’accom­pa­gner tout film de fic­tion d’un film cultu­rel, éducatif ou d’actua­lité. Suite à cette mesure, nom­bre de pro­duc­teurs se détour­nent de la fic­tion de plus en plus enca­drée par la cen­sure, au pro­fit du cinéma cultu­rel / bunka eiga (de l’alle­mand Kultur Film par réfé­rence aux films éducatifs de la UFA qui étaient impor­tés alors au Japon) qui connaî­tra son âge d’or mal­gré les dif­fi­cultés de l’époque. Pays de neige est l’une des plus célè­bres réa­li­sa­tions du genre tant pour sa qua­lité docu­men­taire qu’artis­ti­que.

Pays de neige
Yukiguni
37’ / 1939 / 16mm / sous-titres fran­çais

Voyage dans les régions mon­ta­gneu­ses où l’ennei­ge­ment abon­dant et per­sis­tant rend la vie pay­sanne dif­fi­cile. Mais la moder­ni­sa­tion des trans­ports et de ’habi­tat ainsi que l’esprit de soli­da­rité vien­nent peu à peu à bout de la neige.

Une femme de Wagu
Wagu no Ama
1941 / vidéo Betacam / sous-titres fran­çais

Une des­crip­tion étonnante du monde fermé des pêcheu­ses de per­les de Wagu, un vil­lage dans la pénin­sule de Shima, près d’Ise.

Tôkyô – Pékin
Tôkyô - Pékin
38’ / 1939 / 16mm / sous-titres fran­çais

Présentation de la Corée, de la Mandchourie et de Pékin alors occu­pée par l’armée japo­naise. Ce moyen métrage com­mandé par le minis­tère des trans­ports et du tou­risme de l’époque se pré­sente sous la forme d’un voyage, sans aucune allu­sion à la guerre et aux dif­fi­cultés ren­contrées par l’armée en Chine. Il illus­tre les pro­blè­mes des réa­li­sa­teurs qui doi­vent se plier aux exi­gen­ces de la cen­sure. Ce film est repré­sen­ta­tif de l’autre aspect du « film cultu­rel » qui était de ser­vir les inté­rêts de la poli­ti­que d’expan­sion, en l’occur­rence encou­ra­ger l’implan­ta­tion de colons japo­nais sur le conti­nent. Les ima­ges sont de Takashi Mimura, un des camé­ra­men de Kurosawa Akira.

Dates
Maison de la culture du Japon à Paris

Cinéma

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