Les mille jours ou la marche éternelle d’Ajari

Samedi 20 janvier, jeudi 25 janvier et jeudi 1er février 2001


© Teruaki MasakiLe monastère de Tendai est situé sur les hauteurs du mont Hiei, non loin de Kyôto. C’est la première fois qu’une caméra est autorisée à y pénétrer. Coiffé d’un étrange chapeau en forme de fleur de lotus, l’aspirant Ajari parcourt, dans le silence de la nuit, une boucle de trente kilomètres qui s’étend sur trois vallées. Au cours de cette longue marche, le jeune moine traverse symboliquement les territoires du passé, du présent et de l’avenir qu’il unit par le rythme régulier de son pas. Il vénère au passage tous les ancêtres, animés ou non, conformément au principe essentiel de la marche édicté douze siècles auparavant par Soho, l’initiateur de ce rite. Il s’arrête plus de 260 fois par nuit pour prier. Au terme de la cinquième année, il interrompt sa marche pour effectuer une retraite de neuf jours pendant laquelle il ne doit ni dormir, ni manger, ni boire, tout en restant dans la position du lotus. Suivent cent jours de marche autour de Kyôto, soit 84 kilomètres journaliers. Enfin, il quitte la ville peuplée et revient seul dans la montagne pour un dernier cycle de cent jours dans le silence et la prière. Ces sept années ont fait de ce moine un Ajari riche de l’expérience de la marche, vécue comme un principe de continuité.

© Teruaki MasakiCette mar­che éternelle, vieille de mille deux cents ans, tra­verse en silence le Japon d’aujourd’hui. Les ima­ges de ce jeune moine en san­da­les de paille étonnent autant qu’elles émeuvent. Les mon­ta­gnes voi­lées de brume confè­rent à ce docu­men­taire une atmo­sphère quasi sacrée, pro­pice à l’obser­va­tion de ce par­cours mys­ti­que. La sil­houette étrange de cet ini­tié à la tête de lotus avance, imper­tur­ba­ble, tan­tôt appri­voi­sée par la caméra, tan­tôt lui échappant dans l’obs­cu­rité impé­né­tra­ble des tem­ples boud­dhi­ques. Elle tra­verse le monde moderne, les quar­tiers de Kyôto avec leurs voi­tu­res, leurs lumiè­res et leurs gei­shas, sans rom­pre jamais la res­pi­ra­tion pro­fonde et régu­lière. La moder­nité sem­ble glis­ser sur cet héri­tier du douxième siè­cle dont la vie n’est que mar­che et prière, à l’abri des mon­ta­gnes sacrées. Grâce à une auto­ri­sa­tion excep­tion­nelle, l’oeil du réa­li­sa­teur pénè­tre un monde en dehors de toute contrainte tem­po­relle ou spa­tiale.

56’ / 1994-1999 / 16 mm
Réalisation Daniel Moreau
Producteur exé­cu­tif Elisée Aoki
Musique Enrico Gatti (vio­lon), Guido Morini (clavi-orga­num),
Michel Moglia (orgue à feu)
Texte Antoine Mercier
Narration Jean-Claude Carrière
Peinture Keizo Imao
Calligraphie Zenpachi Kosugi, Masuko Hasegawa

Dates
Maison de la culture du Japon à Paris

Cinéma

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