Le monastère de Tendai est situé sur les hauteurs du mont Hiei, non loin de Kyôto. C’est la première fois qu’une caméra est autorisée à y pénétrer.
Coiffé d’un étrange chapeau en forme de fleur de lotus, l’aspirant Ajari parcourt, dans le silence de la nuit, une boucle de trente kilomètres qui s’étend sur trois vallées. Au cours de cette longue marche, le jeune moine traverse symboliquement les territoires du passé, du présent et de l’avenir qu’il unit par le rythme régulier de son pas. Il vénère au passage tous les ancêtres, animés ou non, conformément au principe essentiel de la marche édicté douze siècles auparavant par Soho, l’initiateur de ce rite. Il s’arrête plus de 260 fois par nuit pour prier. Au terme de la cinquième année, il interrompt sa marche pour effectuer une retraite de neuf jours pendant laquelle il ne doit ni dormir, ni manger, ni boire, tout en restant dans la position du lotus. Suivent cent jours de marche autour de Kyôto, soit 84 kilomètres journaliers. Enfin, il quitte la ville peuplée et revient seul dans la montagne pour un dernier cycle de cent jours dans le silence et la prière. Ces sept années ont fait de ce moine un Ajari riche de l’expérience de la marche, vécue comme un principe de continuité.
Cette marche éternelle, vieille de mille deux cents ans, traverse en silence le Japon d’aujourd’hui. Les images de ce jeune moine en sandales de paille étonnent autant qu’elles émeuvent. Les montagnes voilées de brume confèrent à ce documentaire une atmosphère quasi sacrée, propice à l’observation de ce parcours mystique. La silhouette étrange de cet initié à la tête de lotus avance, imperturbable, tantôt apprivoisée par la caméra, tantôt lui échappant dans l’obscurité impénétrable des temples bouddhiques. Elle traverse le monde moderne, les quartiers de Kyôto avec leurs voitures, leurs lumières et leurs geishas, sans rompre jamais la respiration profonde et régulière. La modernité semble glisser sur cet héritier du douxième siècle dont la vie n’est que marche et prière, à l’abri des montagnes sacrées. Grâce à une autorisation exceptionnelle, l’oeil du réalisateur pénètre un monde en dehors de toute contrainte temporelle ou spatiale.
56’ / 1994-1999 / 16 mm
Réalisation Daniel Moreau
Producteur exécutif Elisée Aoki
Musique Enrico Gatti (violon), Guido Morini (clavi-organum),
Michel Moglia (orgue à feu)
Texte Antoine Mercier
Narration Jean-Claude Carrière
Peinture Keizo Imao
Calligraphie Zenpachi Kosugi, Masuko Hasegawa