Né en 1930, Kinji Fukasaku entre à la compagnie Tôei en 1953. Réalisateur maison, Fukasaku a toujours montré en quarante ans de carrière une capacité remarquable d’adaptation à tous les genres. Sa filmographie monumentale se confond avec l’histoire même de sa compagnie : polars (Du rififi chez les truands / 1961) inspirés du film noir français des années 50, films de yakuza à la violence exacerbée, superproductions de films historiques (Le samuraï et le shôgun / 1978), de mélodrames et même de science-fiction (Les évadés de l’espace / 1978) font de Fukasaku un des réalisateurs les plus éclectiques du cinéma japonais. Mais il reste surtout connu pour être le grand spécialiste du film de yakuza dont il a bouleversé les règles, sans être toujours compris de la critique. Fukasaku a cherché pourtant, à travers un traitement réaliste épuré de l’esthétisme et de la théâtralité qui collait depuis toujours au genre « yakuza », à porter un regard critique sur les bouleversements sociaux et économiques qui ébranlèrent le Japon dans les années 50 et 60. Ce « bouillant » cinéaste de 71 ans continue d’ailleurs de se vouloir un témoin de son temps dans Battle Royale sorti en France en novembre dernier après avoir remporté un énorme succès au Japon.
Fukasaku raconté par Quentin Tarantino
(Kinji Fukasaku, Filmmaker)
30 mn / 2000 / N&B / Channel J et The Japan Foundation / VOSTF
Réalisation Yoshiki Fukagawa
De Combat sans code d’honneur à Battle Royale, l’essentiel de la filmographie de Fukasaku présentée et analysée par Quentin Tarentino. Inédit en France.
Du rififi chez les truands
(Hakuchû no buraikan)
1h22 / 1961 / N&B / Tôei / VOSTF
Scénario Kan Saji · Photographie Ichirô Hoshijima · Musique Kôichi Kawabe · _ Production Yoshifumu Oga
Avec Tetsuro Tanba · Naoko Kubo · Harumi Sone
Un gang de malfaiteurs fait main basse sur un pactole destiné à une base américaine. Parmi eux, un yakuza, une prostituée, mais aussi des étrangers dont un Coréen et un G.I. déserteur. Au moment du partage, les gangsters se retournent les uns contre les autres. Premier long métrage de Fukasaku, inspiré directement du Touchez pas au grisbi de Jacques Becker.
Le caïd de Yokohama
(Nihon bôryokudan kumichô)
1h35 / 1969 / couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Fumio Konami · Photographie Hanjirô Nakazawa · Musique Masanobu Higure · Production Kôji Shundo
Avec Kôji Tsuruta · Bunta Sugawara · Ryôhei Uchida
Un gangster fraîchement sorti de prison essaye tant bien que mal d’inculquer à ses hommes le code d’honneur des yakuzas. Mais alors qu’une guerre violente éclate entre malfrats de Tôkyô et d’Osaka, le bandit « valeureux » se découvre de nouveaux ennemis au cœur même de la vie politique nipponne. C’est avec ce film que Fukasaku impose définitivement son style dans le film de genre « yakuza » : la vie des gangs, avec leur code de l’honneur, n’est plus magnifiée, mais décrite comme un quotidien monotone et dérisoire.
Guerre des gangs à Okinawa
(Bakuto gaijin butai)
1h33 / 1971 / Couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Fumio Konmai · Photographie Hanjirô Nakazawa · Musique Osamu Tanaka · Production Kôji Shundo
Avec Kôji Tsuruta · Noboru Andô · Tomisaburô Wakayama · Akiko Kudô
Après dix années passées en prison, un truand revient dans sa ville natale, Yokohama. Mais tout a changé et la police s’est chargée d’imposer la loi sur le milieu. Le malfaiteur décide de se rendre à Okinawa pour voir si « l’herbe y est plus verte » et déclare la guerre aux gangs locaux. Entièrement tourné en décor naturel, le film représente une première pour la Tôei : elle quitte ses studios et empiète sur un territoire qui appartenait encore à l’époque aux forces d’occupation américaines.
Hommes, porcs et loups
(Ôkami to buta to ningen)
1h35 / 1964 / N&B / Tôei / VOSTF
Scénario Jun.ya Satô & Kinji Fukasaku · Photographie Hoshijima Ichirô · Musique Isao Tomita · Production Seiichi Yoshino
Avec Rentarô Mikuni · Sanae Nakahara · Ken Takakura · Kinya Kitaôji
Un truand solitaire cherche à recruter des hommes pour dévaliser un gang puissant et respecté. Le premier film de yakuza de Fukasaku qui renouvelle les règles du genre en s’attachant à mettre l’accent sur la liberté individuelle plutôt que d’idéaliser le fameux code d’honneur censé régir la vie des gangs.
Sous les drapeaux, l’enfer
(Gunki hatameku motoni), 1972
1h36 / 1972 / Couleurs et N&B / Tôei / VOSTF
Scénario Kaneto Shindô · Photographie Hiroshi Segawa · Musique Hikaru Hayashi · Production Seishi Matsumaru
Avec Sachiko Hidari · Tetsurô Tanba · Noboru Mitani
La veuve d’un officier fusillé pour désertion s’élève contre le refus des autorités de lui verser une pension. Menant sa propre enquête auprès des anciens compagnons d’arme de son mari, elle finit par apprendre l’effroyable vérité. Réflexion très crue sur la guerre, l’échec commercial au Japon de ce film poussera Fukasaku à revenir au polar « yakuza » en lançant sa célèbre série Combat sans code d’honneur.
Le cimetière de la morale
(Jingi no hakaba),
1h34 / 1975 / Couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Tatsuhiko Kamoi · Photographie Hanjirô Nakazawa · Musique Toshiaki Tsushima · Production Tatsu Yoshida
Avec Tetsuya Watari · Tatsuo Umemiya · Yumi Takigawa
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la déchéance d’un jeune yakuza en rébellion totale contre la société qui l’entoure et même contre les règles établies par ses supérieurs hiérarchiques. Voleur et bagarreur, il ne cesse de provoquer les gangs adverses. La drogue finira par entraîner sa perte. Vision noire et désespérée du milieu des truands adaptée du livre de souvenirs de l’ex-gangster devenu écrivain à succès, Gorô Fujita.
Police contre syndicat du crime
(Kenkei tai soshiki bôryoku)
1h41 / 1975 / Couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Kazuo Kasahara · Photographie Shigeru Akatsuka · Musique Toshiaki Tsushima · Production Gorô Nikkabe
Avec Bunta Sugawara · Tatsuo Umemiya · Hiroki Matsukata · Nobuo Kaneko
L’amitié entre un policier et un truand est ruinée par une guerre de clans qui provoque l’intervention d’une brigade anti-gang dirigée elle-même par un ancien yakuza. Une description réaliste de l’étrange symbiose de la police et du syndicat du crime.
La maison de geishas
(Omocha)
1h53 / 1999 / Couleurs / Tôei / VOSTA
Scénario Kaneto Shindo · Photographie Hanjirô Nakazawa · Musique Toshiaki Tsushima
Avec Mariko Okada · Yumiko Nogawa · Sumiko Fuji
Dans le Japon de l’après-guerre, le petit monde des geishas de Kyôto tente de résister vaille que vaille à la loi anti-prostitution et aux mouvements féministes qui les forcent à renoncer à leur condition. Pour cette superproduction empreinte de malice, Fukasaku a fait appel à trois grandes actrices symboles de la libération des mœurs exprimée dans le cinéma japonais des années 60 : Sumiko Fuji (La pivoine rouge), Mariko Okada (Eros + massacre) et Yumiko Nogawa (La barrière de la chair).
La marche de Kamata
(Kamata kôshinkyoku)
1h49 / 1982 / Couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Kôhei Tsuka · Photographie Kiyoshi Kitasaka · Musique Masato Kai · Production Kadokawa Haruki
Avec Mitsuru Hirata · Keiko Matsuzaka · Morio Kazama · Daijiro Harada
L’amour d’un cascadeur pour une actrice qui travaille dans les studios Kamata de la célèbre major Shôchiku. Sur fond d’histoire romantique, Fukasaku rend hommage, avec cette comédie, à la major Shôchiku où il avait tenté d’entrer en 1953 après ses études universitaires. Mais c’est à la Tôei nouvellement créée (1951) qu’il accomplira finalement toute sa carrière.
Le samourai et le shôgun
(Yagyû ichizoku no inbô)
2h10 / 1978 / Couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Tatsuo Nogami & Kinji Fukasaku · Photographie Tôru Nakajima · Musique Toshiaki Tsushima · Production Norimichi Matsudaira
Avec Kinnosuke Yorozuya (Nakamura) · Shin.ichi Chiba · Toshirô Mifune · Etsuko Shihomi
Le puissant seigneur Yagyû est prêt à tous les sacrifices pour maintenir au pouvoir le shôgun que l’on veut évincer pour raisons de santé ; même à faire assassiner son propre fils. Cette super-production de jidaigeki avec les acteurs vedettes du genre Kinnosuke Nakamura et Toshirô Mifune, est réalisée dans la plus pure tradition des studios Tôei. C’est une adaptation au cinéma de la série télévisée Le complot de la famille Yagyû.
Tombe de yakuza et fleur de gardénia
(Yakuza no hakaba : kuchinashi no hana)
1h36 / 1976 / Couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Kazuo Kasahara · Photographie Tôru Nakajima · Musique Toshiaki Tsushima · Production Norimichi Matsudaira
Avec Tetsuya Watari · Tatsuo Umemiya · Meiko Kaji · Hideo Murota
Un policier réalise qu’il a plus d’affinités avec les hommes du gang qu’il pourchasse qu’avec ses supérieurs hiérarchiques dont il déteste l’hypocrisie.
Yota le pourfendeur
(Gendai yakuza : hitokiri Yota)
1h30 / 1972 / Couleurs / Tôei / VOSTF
Scénario Yasuhiro Ishimatsu · Photographie Hanjirô Nakazawa · Musique Toshiaki Tsushima · Production Tatsu Yoshida
Avec Mayumi Nagisa · Noboru Andô · Asao Koike · Bunta Sugawara
La veuve d’un officier fusillé pour désertion s’élève contre le refus des autorités de lui verser une pension. Menant sa propre enquête auprès des anciens compagnons d’arme de son mari, elle finit par apprendre l’effroyable vérité. Réflexion très crue sur la guerre, l’échec commercial au Japon de ce film poussera Fukasaku à revenir au polar « yakuza » en lançant sa célèbre série Combat sans code d’honneur.
L’homme des passions
(Kataku no hito)
2h13 / 1986 / Couleurs / Tôei / VOSTA
Scénario Fumio Kan.ami · Photographie Daisaku Kimura · Musique Takayuki Inoue
Avec Ken Ogata · Ayumi Ishida · Mieko Harada · Yuko Matsuzaka · Fumi Dan
Dans les années 50, l’histoire mouvementée d’un écrivain dispersé entre sa vie familiale, son travail et ses rendez-vous avec les nombreuses maîtresses qu’il entretient. Une adaptation du roman feuilleton de l’écrivain populaire Kazuo Dan paru en 1955 quelques mois avant sa mort dans lequel il révèle sa vie sentimentale tumultueuse. Dans les années 80, Fukasaku s’attaque au genre mélodrame qu’il tourne en dérision dans ce film comme dans La marche de Kamata.