Rétrospective Yasuzô Masumura

Le précurseur de la Nouvelle Vague japonaise

Du mardi 10 au samedi 21 octobre 2000

Yasuzô Masumura

(1924 - 1986)
Après des études de droit à l’uni­ver­sité de Tôkyô, il entre à la Daiei en 1947 comme assis­tant réa­li­sa­teur, tout en ter­mi­nant ses études de phi­lo­so­phie. Ayant obtenu une bourse du gou­ver­ne­ment ita­lien en 1951, il étudie le cinéma au Centro Sperimentale de Rome, et devient également assis­tant de Carmine Gallone pour Madame Butterfly, copro­duc­tion nippo-ita­lienne (1955).

Rentré au Japon, il rede­vient assis­tant à la Daiei, tra­vaillant pour Kenji Mizoguchi et Kon Ichikawa. Il tourne son pre­mier film Les bai­sers (Kuchizuke, 1957), dont la vita­lité neuve le dési­gne à l’atten­tion comme un pré­cur­seur de la Nouvelle Vague, qui va bien­tôt défer­ler sur les stu­dios. Ses pre­miè­res oeu­vres Courant chaud (Danryû, 1957), Le pré­ci­pice (Hyôheki, 1958), et sur­tout Les géants et les jouets (Kyojin to gangu, 1958) connu aux Etats-Unis sous le titre The Build-up qui est une satire sur­vol­tée du capi­ta­lisme new-look, l’impo­sent comme l’un des meilleurs cinéas­tes de sa géné­ra­tion. Demeuré sous contrat à la Daiei, il donne au rythme de qua­tre à sept films par an une image nou­velle de l’héroïne japo­naise, d’abord avec l’actrice Nozoe Hitomi, puis sur­tout avec Ayako Wakao, deve­nue la star la plus popu­laire de la com­pa­gnie. C’est elle qui inter­prète L’ange rouge (Akai ten­shi, 1966) une infir­mière « mau­dite » pen­dant la guerre sino-japo­naise. Retenons pour leurs qua­li­tés plas­ti­ques et l’inso­lite de la nar­ra­tion Svastika (Manji, 1964), Tatouage (Irezumi, 1966, d’après Junichirô Tanizaki), L’amour d’un idiot (Chijin no ai, 1967) et La bête aveu­gle (Môju, 1969). Après la faillite de la Daiei en 1971, il tourne des films très « crus », par­fois adap­tés de grands clas­si­ques lit­té­rai­res comme La musi­que (Ongaku, 1972, d’après Yukio Mishima), Double sui­cide à Sonezaki (Sonezaki shinjû, 1978, d’après Chikamatsu Monzaemon).

Max Tessier (Texte extrait de Le cinéma japo­nais au pré­sent / 1954-1984, Pierre Lherminier Editeur, 1984)

Les Films :

Les bai­sers
(Kuchizuke), 1957
1h13/ noir & blanc / Daiei
Scénario : Kazuo Funahashi / Photographie : Joji Ohara / Direction artis­ti­que : Tomoo Shimogawara
Avec Hiroshi Kawaguchi, Hitomi Nozoe, Aiko Mimasu

Kinichi et Akiko, qui se sont connus en allant voir leurs pères res­pec­tifs en pri­son, par­tent ensem­ble en moto au bord de la mer. Akiko veut se ven­dre à un homme qui veut la séduire, pour pou­voir payer la cau­tion de son père empri­sonné, et les frais d’hos­pi­ta­li­sa­tion de sa mère.

Le gar­çon lui donne un chè­que qu’il a emprunté à sa mère, et l’embrasse... Le pre­mier film de Masumura, qui avait fait ses études de cinéma au Centro Sperimentale de Rome. Un des films pré­cur­seurs de la Nouvelle Vague des années 60.

Les géants et les jouets
(Kyojin to gangu), 1958
1h36 / cou­leurs / Daiei
Scénario : Yoshio Shirasaka / Photographie : Hiroshi Murai / Direction artis­ti­que : Tomoo Shimogawara / Musique : Tetsuo Tsukahara
Avec Hiroshi Kawaguchi, Hitomi Nozoe, Shin Kinzo

La com­pé­ti­tion entre les fir­mes de bon­bons fait rage. La com­pa­gnie World décide d’offrir aux clients des jouets spa­tiaux. Goda et Nishi trou­vent dans la rue une pau­vre fille qui devient la star de leur cam­pa­gne publi­ci­taire. Profitant des médias, ils aug­men­tent spec­ta­cu­lai­re­ment leur chif­fre d’affai­res.
Mais la cam­pa­gne ruine la santé de Goda, qui se rend compte qu’il est devenu un robot... D’après un roman de Ken Kaikô, une satire sur­vol­tée du capi­ta­lisme japo­nais modelé sur la publi­cité amé­ri­caine.

Le gars des vents froids
(Karakkaze yarô), 1960
1h36 / cou­leurs / Daiei
Scénario : Ryûzô Kikujima / Photographie : Hiroshi Murai / Direction artis­ti­que : Takesaburô Watanabe Musique : Tetsuo Tsukahara
Avec Yukio Mishima, Ayako Wakao, Eiji Funakoshi

Dans ce film aty­pi­que de yakuza traité dans le style Nouvelle Vague, l’écrivain Yukio Mishima incarne un jeune yakuza, Takeo, qui, à peine sorti de pri­son doit suc­cé­der à son père à la tête du clan. Bien que cou­ra­geux, il a cons­cience de son man­que de car­rure pour deve­nir par­rain à son tour, gérer les affai­res et sur­tout contrer ses anciens enne­mis qui cher­chent à se ven­ger. La peur de mou­rir s’empare de lui et il se rend compte qu’il n’est pas fait pour ce métier. Sa ren­contre avec une femme (Ayako Wakao) qu’il aime d’un amour sin­cère le conforte dans l’idée qu’il doit quit­ter le milieu. Mais la fata­lité le guette qui lui inter­dit de com­men­cer une nou­velle vie.

Le mari était là
(Otto ga mita), 1964
1h36 / cou­leurs / Daiei
Scénario : Ryûzô Kikujima / Photographie : Hiroshi Murai / Direction artis­ti­que : Takesaburô Watanabe Musique : Tetsuo Tsukahara
Avec Ayako Wakao, Keizo Kawasaki, Jirô Tamiya

Cadre supé­rieur car­rié­riste, Kawashiro sacri­fie sa vie de famille à la réus­site de son entre­prise et entre­tient aussi une rela­tion adul­tère. Délaissée, sa femme Namiko a un jour une aven­ture avec Ishizuka, un yakuza enri­chi qui cher­che à pren­dre le contrôle de l’entre­prise de son mari en rache­tant les actions. Uniquement préoc­cupé par ses ambi­tions per­son­nel­les, Kawashiro contraint sa femme à avoir une rela­tion avec Omiya pour per­cer le com­plot qui se trame. Humiliée ,mais tou­jours dévouée à son mari, Namiko se rend chez son amant... Avec Ayako Wakao, l’actrice féti­che de Masumura, dans l’un de ses meilleurs rôles.

La femme de Seisaku
(Seisaku no tsuma), 1965
1h33 / noir & blanc / Daiei
Scénario : Kaneto Shindô / Photographie : Tomohiro Akino / Direction artis­ti­que : Genyûzô Shimokawa / Musique : Tadashi Yamauchi
Avec Ayako Wakao, Takahiro Tamura, Shôichi Ozawa (Film inter­dit aux moins de 12 ans)

A la veille de la guerre russo-japo­naise (1903), pour échapper à la misère, une jeune femme devient la concu­bine d’un vieillard. Après la mort de celui-ci, reje­tée par son entou­rage, elle se marie avec un jeune homme modèle. La guerre éclate, le jeune homme mobi­lisé revient blessé du front. Pour éviter qu’il ne reparte, elle lui crève les yeux. L’un des films les plus forts de Masumura.

Svastika
(Manji), 1964
1h31 / cou­leurs / Daiei
Scénario : Kaneto Shindô / Photographie : Setsuo Kobayashi / Direction artis­ti­que : Tomoo Shimogawara / Musique : Tadashi Yamauchi
Avec Ayako Wakao, Kyôko Kishida, Yûsuke Kawazu
D’après une nou­velle de Junichirô Tanizaki (Film inter­dit aux moins de 12 ans)

Sonoko Kakiuchi, femme d’un riche avo­cat, Kôtarô, fait une confes­sion à un écrivain. Elle raconte qu’à l’école des Beaux-Arts, elle a été fas­ci­née par la ren­contre de Mitsuko, avec qui elle a eu des rela­tions les­bien­nes, mais qu’elle devint jalouse de l’amant de Mitsuko, Eijûrô. Un autre homme, Watanuki, frappé d’impuis­sance sexuelle, lui avait pro­posé une sorte de pacte pour par­ta­ger les­fa­veurs de Mitsuko. Watanuki les avait menacé de ren­dre leur liai­son publi­que. Mitsuko et Sonoko avaient alors pro­jeté un faux sui­cide... Adaptation scan­da­leuse (à l’époque) d’un roman de Junichirô Tanizaki.

Tatouage
(Irezumi), 1968
1h29 / cou­leurs / Daiei
Scénario : Kaneto Shindô / Photographie : Kazuo Miyagawa
Avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto
D’après une nou­velle de Junichirô Tanizaki
(Film inter­dit aux moins de 12 ans)

En désac­cord avec ses parents com­mer­çants qui lui défen­dent de fré­quen­ter leur apprenti Shin, la jeune Otsuya se réfu­gie chez Gonji. Il lui pro­met d’inter­cé­der pour faire accep­ter le mariage. Mais Gonji est un escroc. Il veut séduire Otsuya, tout en cher­chant à se débar­ras­ser de Shin. Otsuya est fina­le­ment ven­due à Tokubei, un tenan­cier de mai­son de gei­sha. Un jour passe un étrange artiste tatoueur qui est saisi d’admi­ra­tion devant la beauté incom­pa­ra­ble d’Otsuya. Il l’endort de force et lui tatoue dans le dos une arai­gnée géante repré­sen­tée en train de pié­ti­ner et de dévo­rer des cen­tai­nes d’hom­mes. Le tatouage méta­mor­phose Otsuya : elle est prise sou­dain d’un désir irré­pres­si­ble de ven­geance meur­trière envers tous les hom­mes, comme si l’artiste avait ins­tillé dans son corps l’esprit de l’insecte...

Le sol­dat yakuza
(Heitai yakuza), 1965
1h43 / noir & blanc / Daiei
Scénario : Ryûzô Kikushima / Photographie : Setsuo Kobayashi / Direction artis­ti­que : Tomoo Shimogawara / Musique : Naozumi Yamamoto
Avec Shintarô Katsu, Takahiro Tamura, Keiko Awaji
(Film inter­dit aux moins de 12 ans)

En 1943, au Nord de la Mandchourie, un camp mili­taire de l’armée japo­naise accueille des nou­vel­les recrues venues sui­vre un entraî­ne­ment spé­cial. L’un deux, Omiya est un ancien yakuza dont la répu­ta­tion d’indis­ci­pliné et de brute lui valent d’être pris en main par le 1re classe Arita (Takahiro Tamura), un intel­lec­tuel qui a échoué aux exa­mens d’offi­cier supé­rieur en rai­son de sa répu­gnance pour la hié­rar­chie mili­taire. Unis par le même dégoût des lois mar­tia­les, les deux hom­mes, aux carac­tè­res pour­tant oppo­sés, vont se lier d’ami­tié et cher­cherà fuir l’uni­vers de vio­lence du camp.

La bête aveu­gle
(Môjû), 1969
1h36 / cou­leurs / Daiei
Scénario : Yoshio Shirasaka / Photographie : Setsuo Kobayashi / _ Direction artis­ti­que : Shigeo Mano
Avec Eiji Funakoshi, Mako Midori, Noriko Sengoku
(Film inter­dit aux moins de 16 ans)

Dans ce film adapté d’une nou­velle de Ranpo Edogawa (1924-1965), le fon­da­teur de la lit­té­ra­ture poli­cière, un sculp­teur aveu­gle (Eiji Funakoshi) séques­tre dans son ate­lier un modèle (Midori Mako) et la sou­met à l’empire des sens afin qu’elle devienne une « sta­tue idéale ». Comprenant après plu­sieurs vai­nes ten­ta­ti­ves qu’elle ne pourra plus fuir ce cau­che­mar, la vic­time est peu à peu atten­drie et envoû­tée par son bour­reau. Elle finira par l’accom­pa­gner dans la mort après un ultime rituel sado­ma­so­chiste san­glant.

Jeux
(Asobi), 1971
1h29 / cou­leurs / Daiei
Scénario : Masayoshi Imako / Photographie : Setsuo Kobayashi / Direction artis­ti­que : Shigeo Mano / Musique : Naozumi Yamamoto
Avec Keiko Sekine, Tokuko Sugiyama, Asao Uchida
D’après un roman de Akiyuki Nosaka
(film inter­dit aux moins de 16 ans)

Une jeune femme (Keiko Sekine) tra­vaille dur dans une usine pour rem­bour­ser les det­tes lais­sées après la mort de son père alcoo­li­que.
Décidée à gagner plus d’argent pour aider sa mère, elle accepte, sur la pro­po­si­tion d’une amie, de deve­nir hôtesse de bar. Elle s’apprête à lui télé­pho­ner quand un petit voyou l’accoste et lui fait des avan­ces qu’elle prend naï­ve­ment pour de l’affec­tion. Elle tombe amou­reuse de lui sans se dou­ter qu’il tra­vaille pour son frère, un ban­dit dan­ge­reux, qui dirige un réseau de pros­ti­tu­tion...

Dates
Maison de la culture du Japon à Paris

Cinéma

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