(1924 - 1986)
Après des études de droit à l’université de Tôkyô, il entre à la Daiei en 1947 comme assistant réalisateur, tout en terminant ses études de philosophie. Ayant obtenu une bourse du gouvernement italien en 1951, il étudie le cinéma au Centro Sperimentale de Rome, et devient également assistant de Carmine Gallone pour Madame Butterfly, coproduction nippo-italienne (1955).
Rentré au Japon, il redevient assistant à la Daiei, travaillant pour Kenji Mizoguchi et Kon Ichikawa. Il tourne son premier film Les baisers (Kuchizuke, 1957), dont la vitalité neuve le désigne à l’attention comme un précurseur de la Nouvelle Vague, qui va bientôt déferler sur les studios. Ses premières oeuvres Courant chaud (Danryû, 1957), Le précipice (Hyôheki, 1958), et surtout Les géants et les jouets (Kyojin to gangu, 1958) connu aux Etats-Unis sous le titre The Build-up qui est une satire survoltée du capitalisme new-look, l’imposent comme l’un des meilleurs cinéastes de sa génération. Demeuré sous contrat à la Daiei, il donne au rythme de quatre à sept films par an une image nouvelle de l’héroïne japonaise, d’abord avec l’actrice Nozoe Hitomi, puis surtout avec Ayako Wakao, devenue la star la plus populaire de la compagnie. C’est elle qui interprète L’ange rouge (Akai tenshi, 1966) une infirmière « maudite » pendant la guerre sino-japonaise. Retenons pour leurs qualités plastiques et l’insolite de la narration Svastika (Manji, 1964), Tatouage (Irezumi, 1966, d’après Junichirô Tanizaki), L’amour d’un idiot (Chijin no ai, 1967) et La bête aveugle (Môju, 1969). Après la faillite de la Daiei en 1971, il tourne des films très « crus », parfois adaptés de grands classiques littéraires comme La musique (Ongaku, 1972, d’après Yukio Mishima), Double suicide à Sonezaki (Sonezaki shinjû, 1978, d’après Chikamatsu Monzaemon).
Max Tessier (Texte extrait de Le cinéma japonais au présent / 1954-1984, Pierre Lherminier Editeur, 1984)
Les baisers
(Kuchizuke), 1957
1h13/ noir & blanc / Daiei
Scénario : Kazuo Funahashi / Photographie : Joji Ohara / Direction artistique : Tomoo Shimogawara
Avec Hiroshi Kawaguchi, Hitomi Nozoe, Aiko Mimasu
Kinichi et Akiko, qui se sont connus en allant voir leurs pères respectifs en prison, partent ensemble en moto au bord de la mer. Akiko veut se vendre à un homme qui veut la séduire, pour pouvoir payer la caution de son père emprisonné, et les frais d’hospitalisation de sa mère.
Le garçon lui donne un chèque qu’il a emprunté à sa mère, et l’embrasse... Le premier film de Masumura, qui avait fait ses études de cinéma au Centro Sperimentale de Rome. Un des films précurseurs de la Nouvelle Vague des années 60.
Les géants et les jouets
(Kyojin to gangu), 1958
1h36 / couleurs / Daiei
Scénario : Yoshio Shirasaka / Photographie : Hiroshi Murai / Direction artistique : Tomoo Shimogawara / Musique : Tetsuo Tsukahara
Avec Hiroshi Kawaguchi, Hitomi Nozoe, Shin Kinzo
La compétition entre les firmes de bonbons fait rage. La compagnie World décide d’offrir aux clients des jouets spatiaux. Goda et Nishi trouvent dans la rue une pauvre fille qui devient la star de leur campagne publicitaire. Profitant des médias, ils augmentent spectaculairement leur chiffre d’affaires.
Mais la campagne ruine la santé de Goda, qui se rend compte qu’il est devenu un robot...
D’après un roman de Ken Kaikô, une satire survoltée du capitalisme japonais modelé
sur la publicité américaine.
Le gars des vents froids
(Karakkaze yarô), 1960
1h36 / couleurs / Daiei
Scénario : Ryûzô Kikujima / Photographie : Hiroshi Murai / Direction artistique : Takesaburô Watanabe Musique : Tetsuo Tsukahara
Avec Yukio Mishima, Ayako Wakao, Eiji Funakoshi
Dans ce film atypique de yakuza traité dans le style Nouvelle Vague, l’écrivain Yukio Mishima incarne un jeune yakuza, Takeo, qui, à peine sorti de prison doit succéder à son père à la tête du clan. Bien que courageux, il a conscience de son manque de carrure pour devenir parrain à son tour, gérer les affaires et surtout contrer ses anciens ennemis qui cherchent à se venger. La peur de mourir s’empare de lui et il se rend compte qu’il n’est pas fait pour ce métier. Sa rencontre avec une femme (Ayako Wakao) qu’il aime d’un amour sincère le conforte dans l’idée qu’il doit quitter le milieu. Mais la fatalité le guette qui lui interdit de commencer une nouvelle vie.
Le mari était là
(Otto ga mita), 1964
1h36 / couleurs / Daiei
Scénario : Ryûzô Kikujima / Photographie : Hiroshi Murai / Direction artistique : Takesaburô Watanabe Musique : Tetsuo Tsukahara
Avec Ayako Wakao, Keizo Kawasaki, Jirô Tamiya
Cadre supérieur carriériste, Kawashiro sacrifie sa vie de famille à la réussite de son entreprise et entretient aussi une relation adultère. Délaissée, sa femme Namiko a un jour une aventure avec Ishizuka, un yakuza enrichi qui cherche à prendre le contrôle de l’entreprise de son mari en rachetant les actions. Uniquement préoccupé par ses ambitions personnelles, Kawashiro contraint sa femme à avoir une relation avec Omiya pour percer le complot qui se trame. Humiliée ,mais toujours dévouée à son mari, Namiko se rend chez son amant... Avec Ayako Wakao, l’actrice fétiche de Masumura, dans l’un de ses meilleurs rôles.
La femme de Seisaku
(Seisaku no tsuma), 1965
1h33 / noir & blanc / Daiei
Scénario : Kaneto Shindô / Photographie : Tomohiro Akino / Direction artistique : Genyûzô Shimokawa / Musique : Tadashi Yamauchi
Avec Ayako Wakao, Takahiro Tamura, Shôichi Ozawa
(Film interdit aux moins de 12 ans)
A la veille de la guerre russo-japonaise (1903), pour échapper à la misère, une jeune femme devient la concubine d’un vieillard. Après la mort de celui-ci, rejetée par son entourage, elle se marie avec un jeune homme modèle. La guerre éclate, le jeune homme mobilisé revient blessé du front. Pour éviter qu’il ne reparte, elle lui crève les yeux. L’un des films les plus forts de Masumura.
Svastika
(Manji), 1964
1h31 / couleurs / Daiei
Scénario : Kaneto Shindô / Photographie : Setsuo Kobayashi / Direction artistique : Tomoo Shimogawara / Musique : Tadashi Yamauchi
Avec Ayako Wakao, Kyôko Kishida, Yûsuke Kawazu
D’après une nouvelle de Junichirô Tanizaki
(Film interdit aux moins de 12 ans)
Sonoko Kakiuchi, femme d’un riche avocat, Kôtarô, fait une confession à un écrivain. Elle raconte qu’à l’école des Beaux-Arts, elle a été fascinée par la rencontre de Mitsuko, avec qui elle a eu des relations lesbiennes, mais qu’elle devint jalouse de l’amant de Mitsuko, Eijûrô. Un autre homme, Watanuki, frappé d’impuissance sexuelle, lui avait proposé une sorte de pacte pour partager lesfaveurs de Mitsuko. Watanuki les avait menacé de rendre leur liaison publique. Mitsuko et Sonoko avaient alors projeté un faux suicide... Adaptation scandaleuse (à l’époque) d’un roman de Junichirô Tanizaki.
Tatouage
(Irezumi), 1968
1h29 / couleurs / Daiei
Scénario : Kaneto Shindô / Photographie : Kazuo Miyagawa
Avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto
D’après une nouvelle de Junichirô Tanizaki
(Film interdit aux moins de 12 ans)
En désaccord avec ses parents commerçants qui lui défendent de fréquenter leur apprenti Shin, la jeune Otsuya se réfugie chez Gonji. Il lui promet d’intercéder pour faire accepter le mariage. Mais Gonji est un escroc. Il veut séduire Otsuya, tout en cherchant à se débarrasser de Shin. Otsuya est finalement vendue à Tokubei, un tenancier de maison de geisha. Un jour passe un étrange artiste tatoueur qui est saisi d’admiration devant la beauté incomparable d’Otsuya. Il l’endort de force et lui tatoue dans le dos une araignée géante représentée en train de piétiner et de dévorer des centaines d’hommes. Le tatouage métamorphose Otsuya : elle est prise soudain d’un désir irrépressible de vengeance meurtrière envers tous les hommes, comme si l’artiste avait instillé dans son corps l’esprit de l’insecte...
Le soldat yakuza
(Heitai yakuza), 1965
1h43 / noir & blanc / Daiei
Scénario : Ryûzô Kikushima / Photographie : Setsuo Kobayashi / Direction artistique : Tomoo Shimogawara / Musique : Naozumi Yamamoto
Avec Shintarô Katsu, Takahiro Tamura, Keiko Awaji
(Film interdit aux moins de 12 ans)
En 1943, au Nord de la Mandchourie, un camp militaire de l’armée japonaise accueille des nouvelles recrues venues suivre un entraînement spécial. L’un deux, Omiya est un ancien yakuza dont la réputation d’indiscipliné et de brute lui valent d’être pris en main par le 1re classe Arita (Takahiro Tamura), un intellectuel qui a échoué aux examens d’officier supérieur en raison de sa répugnance pour la hiérarchie militaire. Unis par le même dégoût des lois martiales, les deux hommes, aux caractères pourtant opposés, vont se lier d’amitié et chercherà fuir l’univers de violence du camp.
La bête aveugle
(Môjû), 1969
1h36 / couleurs / Daiei
Scénario : Yoshio Shirasaka / Photographie : Setsuo Kobayashi / _ Direction artistique : Shigeo Mano
Avec Eiji Funakoshi, Mako Midori, Noriko Sengoku
(Film interdit aux moins de 16 ans)
Dans ce film adapté d’une nouvelle de Ranpo Edogawa (1924-1965), le fondateur de la littérature policière, un sculpteur aveugle (Eiji Funakoshi) séquestre dans son atelier un modèle (Midori Mako) et la soumet à l’empire des sens afin qu’elle devienne une « statue idéale ». Comprenant après plusieurs vaines tentatives qu’elle ne pourra plus fuir ce cauchemar, la victime est peu à peu attendrie et envoûtée par son bourreau. Elle finira par l’accompagner dans la mort après un ultime rituel sadomasochiste sanglant.
Jeux
(Asobi), 1971
1h29 / couleurs / Daiei
Scénario : Masayoshi Imako / Photographie : Setsuo Kobayashi / Direction artistique : Shigeo Mano / Musique : Naozumi Yamamoto
Avec Keiko Sekine, Tokuko Sugiyama, Asao Uchida
D’après un roman de Akiyuki Nosaka
(film interdit aux moins de 16 ans)
Une jeune femme (Keiko Sekine) travaille dur dans une usine pour rembourser les dettes laissées après la mort de son père alcoolique.
Décidée à gagner plus d’argent pour aider sa mère, elle accepte, sur la proposition d’une
amie, de devenir hôtesse de bar. Elle s’apprête à lui téléphoner quand un petit voyou
l’accoste et lui fait des avances qu’elle prend naïvement pour de l’affection. Elle tombe
amoureuse de lui sans se douter qu’il travaille pour son frère, un bandit dangereux, qui
dirige un réseau de prostitution...