« J’ai d’abord été premier assistant-réalisateur de Yûzô Kawashima, puis nous avons passé des jours et des nuits à écrire ensemble des scénarios. Incontestablement, j’ai été très influencé par lui (...). L’ensemble de ses films est caractérisé par le thème du grotesque. Il y a aussi chez lui quelque chose qui serait comme un courant sous-jacent très pessimiste, très sombre, sur la vie, même si cela n’apparaît pas au premier plan. Si j’étais influencé par Kawashima, c’est plutôt par ce qui apparaissait au premier plan : le côté grotesque, drôle, amusant, et je ne crois pas du tout être aussi pessimiste que lui. »
Shôhei Imamura
Découvert tardivement en Europe, Yûzô Kawashima (1918-1963) appartient à cette génération de cinéastes de l’après-guerre qui marquèrent un tournant dans le septième art japonais : en rupture avec les mélodrames populaires et les films historiques qui firent les beaux jours des majors (Shôchiku, Daiei, Tôhô) dans les années 50, Kawashima s’affirma avec des comédies satiriques et désopilantes dans la veine de Minoru Shibuya et Kon Ichikawa. Sa vision très personnelle du cinéma, rétive à toute contrainte formelle et ne souffrant aucune critique, laisse au final une œuvre essentielle bien qu’inégale pour comprendre l’avènement de la « nouvelle vague japonaise » quelques années plus tard. Car la peinture des mœurs de l’après-guerre traitée de manière frivole et burlesque par Kawashima à travers une faune citadine où évoluen des anti-héros - hôtesses de bar, prostituées, jeunes couples en errance, laissés-pour-compte d’une société qui panse ses plaies et arrivistes de tout poil - fut finalement « quelque chose d’assez grave, d’assez profond, d’assez sérieux malgré les apparences » (Imamura), pour que les auteurs de la nouvelle vague japonaise la reprennent à leur compte dans leur démarche esthétique et politique contre la volonté même des majors.
Chronique du soleil à la fin d’Edo
(Bakumatsu taiyô-den)
1h50 / 1957 / N&B / copie 35mm
Avec Yûya Uchida, Yumi Asao, Takeshi Kitano
Comédie / Scénario Yûzô Kawashima et Shôhei Imamura / Photographie Kuratarô Takamura / Musique Toshirô Mayuzumi / Assistant réalisateur Shôhei Imamura / Production Nikkatsu
Avec Frankie Sakai, Sachiko Hidari,Yôko Minamida, Yûjirô Ishihara, Izumi Serikawa
Dans une maison close de Shinagawa où se retrouvent marchands, artisans et samourais, un jeune homme qui ne peut pas régler ses dettes est pris en otage par le patron des lieux. Une comédie truculente sur la vie d’Edo dans les derniers jours du shogounat des Tokugawa. Le film le plus célèbre de Kawashima.
Le paradis de Suzaki
(Suzaki Paradaizu : aka shingô)
1h21 / 1956 / N&B / copie 16mm
Drame / Scénario Toshirô Ide & Nobuyoshi Terada / Photographie Kuratarô Takamura / Musique Riichirô Manabe / Production Nikkatsu
Avec Michiyo Aratama, Yukiko Todoroki, Seizaburô Kawazu,Tatsuya Mihashi, Shôichi Ozawa
Un jeune couple décide de fuguer après que leur mariage eut été empêché. Ils errent dans Tôkyô à la recherche d’un travail et d’un toit. Ils finissent par élire domicile dans un bar de Suzaki, un quartier de prostitution de Tôkyo.
Le film préféré de Kawashima.
La bête élégante
(Shitoyakana kedamono)
1h36 / 1962 / couleur scope / copie 35mm
Comédie satirique / Scénario Kaneto Shindô / Photographie Nobuo Munekawa / Musique SeiIkeno / Production Daiei
Avec Ayako Wakao, Eiji Funakoshi, Yûko Hamada, Hideo Takamatsu, Eiji Funakoshi, Shôichi Ozawa
Dans le Japon de l’après-guerre, les fourberies d’un couple et de ses enfants qui, pour jouir du bien-être du monde moderne, se livrent à des escroqueries en tout genre. Un des meilleurs films de Kawashima.
Le poids de l’amour
(Ai no o-nimotsu)
1h51 / 1955 / N&B / 35mm
Comédie satirique / Scénario Yûzô Kawashima et Tagusu Yanagizawa / Photographie Shigeyoshi Mine / Musique Toshirô Mayuzumi / Assistant réalisateur Shôhei Imamura / production Nikkatsu
Avec Sô Yamamura, Tatsuya Mihashi, Isuzu Yamada, Eijirô Tôno
Pour endiguer la surpopulation dans les années difficiles de l’après-guerre, un ministre de la santé propose des mesures incitatives pour limiter les naissances. Mais on découvre que le politicien a des mœurs dissolues et qu’il multiplie sa progéniture.
Ginza
(Ginza nijûyonchô)
1h57 / 1955 / N&B / copie 35mm
Scénario Tagusu Yanagizawa / Photographie Minoru Yokoyama / Musique Takio Jingi / Assistant réalisateur Shôhei Imamura / Production Nikkatsu /
Avec Yumeji Tsukioka, Tatsuya Mihashi, Seitarô Kawazu, Mie Kitahara
Une chronique des mœurs de l’après-guerre à travers la description de la vie nocturne des bars du quartier de Ginza à Tôkyô, escale illusoire d’une faune citadine en errance.
Les femmes naissent deux fois
(Onna wa nido umareru)
1h39 / 1961 / couleur scope / copie 16mm
Comédie dramatique / Scénario Yûzô Kawashima et Toshirô Ide / Photographie Hiroshi Murai / Production Daiei
Avec Ayako Wakao, Sô Yamamura, Jun Fujimaki, Frankie Sakai, Kyû Sazanka
Le portrait d’une geisha des bas quartiers qui porte un regard sensible sur les changements de la condition féminine dans le Japon de l’après-guerre.
L’ombre des fleurs
(Kaei)
1h39 / 1961 / couleur scope / copie 35mm
Drame / Scénario Ryûzô Kikushima / Photographie Kôzô Okazaki / Musique Sei Ikeno / Production Tôkyô Eiga (Tôhô)
Avec Junko Takeuchi, Shûji Sano, Ryô Ikebe, Tadao Takashima
Une hôtesse de bar du quartier de Ginza, trahie par tous les hommes qu’elle a rencontrés, veut en finir avec la vie. Elle se remémore son existence pitoyable avant de passer à l’acte. D’après le roman de Shôhei Ôka.
Chambre à louer
(Kashima ari)
1h52 / 1959 / N&B scope / copie 35mm
Comédie satirique / Scénario Yûzô Kawashima et Giichi Fujimoto / Photographie Kôzô Okazaki / Musique Riichirô Manabe / Production Tôkyô Eiga (Tôhô)
Avec Frankie Sakai, Chikage Awashima, Nobuko Otowa, Chieko Naniwa
Dans une pension de famille d’un quartier populaire vit une population hétéroclite faite de prostituées, de jeunes à la dérive et d’autres laissés-pour-compte de la reconstruction du Japon. D’après un roman de Masuji Ibuse.
Le temple des oies sauvages
(Gan no tera)
1h38 / 1962 / couleur scope / copie 16mm
Drame psychologique / Scénario Yûzô Kawashima, Kazurô Funabashi, Tsutomu Mizukami / Photographie Hiroshi Murai / Musique Ikeno Sei / Production Daiei
Avec Ayako Wakao, Isao Kimura, Ganjirô Nakamura, Kuniichi Takami, Masao Mishima
Satoko, maîtresse d’un célèbre peintre réputé pour ses tableaux d’oies sauvages va vivre après la mort de ce dernier et selon ses volontés chez un bonze. Dans son temple vit le fils d’un paysan pauvre que celui-ci a recueilli. D’étranges rapports s’établissent entre ces trois personnages. Le bonze épris de Satoko plonge dans la débauche tandis que celle-ci se sent attirée par le novice. D’après le roman de Tsutomu Mizukami (prix Naoki 1961).
Mon quartier
(Waga machi)
1h38 / 1956 / N&B / copie 35mm
Scénario Toshio Yasumi / Photographie Kutatarô Takamura / Musique Riichirô Manabe / Assistant réalisateur Shôhei Imamura / Production Nikkatsu
Avec Ryûtaro Tatsumi, Yôko Minamida, Tatsuya Mihashi, Shôichi Ozawa, Shirô Osaka
Une chronique historique du petit peuple d’Ôsaka à travers la vie d’une famille d’ouvriers entre la fin du XIXe siècle et les années 1930. Adaptation d’un roman de l’écrivain populaire et progressiste Sakunosuke Oda (1913-1947) dont la plupart des œuvres ont été portées à l’écran.