
Fondée en 1951 par la fusion - symbolisée par la forme triangulaire de son logo - de trois petites compagnies de distribution et de production (Tôkyô Eiga, Ôizumi Eiga et Tôyoko Eiga), la Tôei est la plus jeune des six majors du cinéma japonais.
Pourtant, en moins de dix ans, elle va devenir un empire géré à l’hollywoodienne sous la houlette de son président-producteur, Hiroshi Ôkawa, qui fit le pari de relancer le jidaigeki (films de samouraïs), genre qui était tombé quasiment en désuétude depuis que l’occupant américain en avait interdit les attributs les plus virils : loyauté indéfectible envers son seigneur, code d’honneur, combats de sabre.
Le succès est au rendez-vous et, avec les monstres sacrés de l’avant-guerre – Chiezô Kataoka, Utaemon Ichikawa, Ryûnosuke Tsukigata, Ryûtarô Ôtomo – et les nouvelles stars du genre – Kinnosuke Nakamura, Hashizô Ôkawa, la Tôei va écraser ses concurrentes en monopilisant jusqu’à 50% du marché en termes de production et de fréquentation. Homme d’affaires intransigeant, Hiroshi Ôkawa fut aussi un visionnaire : sentant, à l’orée des années 1960, que le jidaigeki ne ferait bientôt plus recette, il invente de toutes pièces un nouveau genre, le film de yakuzas dont la grande originalité est d’avoir su transposer dans la société moderne les codes éternels du jidaigeki.
Nouvelle victoire pour la Tôei qui, avec le film de yakuzas décliné en innombrables sous-genres, va imposer un rythme de production que les autres majors ne pourront bientôt plus suivre. Après la télévision et l’essor de la société des loisirs, la puissance dominatrice de « l’Empire Tôei » est peut-être la troisième cause de l’effondrement brutal, en 1970, du système des studios japonais.
*Attention ! Changement de programme ! Les projections du "Couvent de la bête sacrée sont annulées le
samedi 30 janvier à 15h00
et le vendredi 19 mars à 17h00
© Tôei
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Programme
「ひめゆりの塔」
Un film de Tadashi Imai / 1953 / 131’ / vostf
avec Keiko Tsushima, Eiji Okada, Kinzô Shin, Shunji Kasuga
24 mars 1945.
L’armée américaine lance son assaut sur Okinawa. Des jeunes filles issues d’écoles voisines sont amenées sur le terrain pour soigner les blessés. Leur emblème est le lys blanc, ou une fleur de cerisier, et elles gagnent une région montagneuse pour travailler dans un hôpital de terrain. Le film relate leur épopée jusqu’à leur sacrifice final.
Après deux années d’incertitude, le succès commercial de « La tour des lys » permet enfin à la Tôei de s’assurer une base financière solide. Même si Tadashi Imai est un farouche indépendant, il sera invité à plusieurs reprises par la Tôei pour réaliser des films personnels en contradiction, apparemment, avec les impératifs commerciaux de la compagnie. Avec Tomu Uchida, le grand maître, et quelques autres artisans comme Tai Katô, Imai fait ainsi figure de caution artistique pour ce studio à qui l’on a souvent reproché d’être une « usine à films ».
「血槍富士」
Un film de Tomu Uchida / 1955 / 94’ / vostf
avec Chiezô Kataoka, Daisuke Katô, Eijirô Kataoka (Teruo Shimada), Ryûnosuke Tsukigata
Le jeune Shôjurô se rend à Edo en compagnie de ses deux fidèles serviteurs, Genta le joyeux drille et Gonpachi le sage qui porte sa lance. Ce dernier est inquiet pour son maître : il sait que sa bonhomie de façade dissimule un homme au vin mauvais qui vit mal sa condition de samouraï. La route est longue jusqu’à la capitale et les occasions de boire ne manquent pas.
Remake d’un film de Kintarô Inoue, « Journal d’un voyage tragique », 1927, « Le Mont Fuji et la lance ensanglantée » est un hommage à la période expressionniste du film de samouraï de l’époque du muet. Sa touche délibérément moderne préfigure les jidaigeki anti-conventionnels et très politiques de la dernière période du genre au milieu des années 1960. C’est aussi l’œuvre qui relance la carrière de Tomu Uchida, considéré comme un des grands maîtres du cinéma japonais avec Ozu et Mizoguchi dans les années 1930.
「米」
Un film de Tadashi Imai / 1957 / 118’ / vostf
avec Shinjirô Ebara, Shinji Nanbara, Nakahara Hitomi, Yûko Mochizuki
Une description poétique d’une communauté paysanne du nord du Japon attachée à sa terre, mais menacée d’extinction par l’urbanisation.
Quand il a été montré en Europe, la critique y a vu « un chef-d’œuvre du courant néo-réaliste japonais ».
「鳳城の花嫁」
Un film de Sadatsugu Matsuda / 1957 / 85 ’ / vostf
avec Ryûtarô Ôtomo, Masao Mishima, Yumiko Hasegawa, Hitomi Nakahara
Le prince Gentarô du clan Ôtori a trente ans et n’a toujours pas d’épouse. Contre l’avis de ses parents, il décide de voyager incognito pour trouver la femme de ses rêves. Il débarque à Edo, la capitale, et fait la découverte émue de la vie des petites gens. Mais des charlatans de tous poils vont tenter de profiter de sa naïveté.
Production typique et incontournable du jidaigeki populaire remis au goût du jour par la Tôei et qui inonde à l’époque le marché. Par un maître du genre, Sadatsugu Matsuda, pilier du studio, célèbre pour ses mises en scènes enlevées. Il réalisa pas moins de 80 films entre 1952 et 1965 grâce à ses étonnantes facultés d’adaptation aux contraintes de « l’usine à films » qu’était alors la Tôei.
「純愛物語」
Un film de Tadashi Imai / 1957 / 133’ / vostf
avec Ebara Shinjirô, Nakahara Hitomi, Okada Eiji, Kimura Isao
Kantarô et Mitsuko appartiennent à la délinquance juvénile dans le Tôkyô dans du milieu des années cinquante. Ils sont arrêtés pour vol et envoyés en maison de redressement. Tandis que Kantarô tente de s’échapper pour retrouver Mitsuko, Mitsuko endure la vie carcérale mais son état de santé s’aggrave de jour en jour. Le médecin comprend bientôt que Mitsuko est une irradiée atomique, quand celle-ci lui confie qu’elle s’était retrouvée à Hiroshima quelques jours après l’explosion de la bombe.
Ecrit par Yôko Mizuki (scénariste régulière sur les films de Mikio Naruse), « Un amour pur », traite du péril atomique comme « Vivre dans la peur » d’Akira Kurosawa (1955) et quelques autres productions de cette époque. Tous les films ayant abordé cette question furent des échecs commerciaux, à l’exception du film d’Imai, peut-être en raison d’un traitement plus conventionnel qui ne désorienta pas le public populaire. Avec Eiji Okada devenu célèbre en Europe grâce à « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais.
「大菩薩峠」
Un film de Tomu Uchida / 1957 / 119’ / vostf / Couleur
avec Chiezô Kataoka, Yumiko Hasegawa Harumi Urazato, Kinnosuke Nakamura
Ryûnosuke Tsukue est un samouraï habité par le mal. Après avoir violé Ohama, la fiancée d’un autre samouraï qu’il a tué en duel, il rejoint Edo d’où il partira vers Kyôto en compagnie d’une bande de mercenaires. Le frère du samouraï assassiné le poursuit pour se venger. Dans un accès de folie, Ryûnosuke tue sa femme et part au combat à Yamato.
「大菩薩峠 ・第二部」
Un film de Tomu Uchida / 1958 / 105’ / vostf / Couleur
avec Chiezô Kataoka, Yumiko Hasegawa, Michiyo Kogure, Ryûnosuke Tsukigata
Ryunosuke, devenu aveugle au cours d’un combat, est pris en charge dans une auberge par une femme, sosie d’Ohama, qu’il tue aussi. Il rencontre une veuve qui vend des médicaments et pense enfin couler des jours paisibles. Mais sa folie meurtrière le reprend…
「大菩薩峠 ・完結篇」
Un film de Tomu Uchida / 1959 / 106’ / vostf / Couleur
avec Chiezô Kataoka, Kinnosuke Nakamura, Chiyonosuke Azuma, Ryûnosuke Tsukigata
Ryunosuke, obsédé par la mort, se rend dans le village natal d’Ohama. Au Col du Grand Bouddha, il affronte le frère du samouraï assassiné, et, devenu fou, disparaît dans le fleuve.
Dans les années 50 et 60, la Tôei et la Daiei sont les deux compagnies spécialisées dans le jidaigeki. Elles se livrent une guerre incessante par acteurs charismatiques interposés. Après le succès de cette première version en couleurs (la dernière adaptation de ce roman populaire de Kaizan Nakazato remontait à 1953) jouée par Chiezô Kataoka, la Daiei, qui en fait une affaire d’honneur, propose sa propre version, en 1961, avec son acteur vedette Raizô Ichikawa qui doit redoubler de noirceur et de nihilisme dans ce rôle de samouraï psychopathe vouant une dévotion perverse à son sabre.
「反逆児」
Un film de Daisuke Itô / 1961 / 117’ / vostf / Couleur
avec Kinnosuke Nakamura, Kaneko Iwasaki, Haruko Sugimura, Shûji Sano, Hiroko Sakuramachi
Dans le Japon de 1579, en pleine guerre civile entre les seigneurs Shingen Takeda et Nobunaga Oda, le troisième fils de Ieyasu Tokugawa, Nobuyasu, devient victime des intrigues politiques de sa mère. Celle-ci projette de donner à son fils une concubine pour engendrer un héritier, en cherchant à perdre Nobunaga et sa fille Tokuhine, qui n’est autre que la femme de Nobuyasu. Elle sera finalement écartée de la vie politique, et Nobuyasu recevra l’ordre de mettre fin à ses jours.
Une superproduction historique de prestige de la Tôei avec la star Kinnosuke Nakamura.
「瞼の母」
Un film de Tai Katô / 1962 / 83’ / vostf / Couleur
avec Kinnosuke Nakamura, Hiroki Matsukata, Hitomi Nakahara, Michiyo Kogure
Un jour professionnel, poursuivi par un gang de yakuzas dont il a molesté certains membres pour sauver un ami, recherche à travers les routes les plus dangereuses la mère qui l’a abandonné lorsqu’il était enfant. Anxieux, sans repos et mélancolique, il fait de nombreuses rencontres jusqu’à ce que son destin le rattrape.
Film typique du matatabi-mono, sous-genre situé entre jidaigeki et film de yakuzas qui prend pour héros des voyous vagabonds évoluant dans le monde parallèle des parieurs et des marginaux et qui, malgré les apparences, sont attachés aux idéaux de loyauté et de fidélité. Adaptation d’une célèbre pièce de théâtre (1931) de Shin Hasagawa, l’écrivain le plus important du matatabi-mono avec Kan Shimozawa. Ce dernier écrira une nouvelle qui inspirera au cinéma la célèbre série « Zatôichi » qui peut être aussi rattachée au matatabi-mono.
「武士道残酷物語」
Un film de Tadashi Imai / 1963 / 123’ / vostf / Couleur
avec Kinnosuke Nakamura, Eijirô Tôno, Masayuki Mori, Ineko Arima
Un homme plongé dans le malheur suite à la tentative de suicide de sa fiancée, se remémore les atrocités endurées par ses ancêtres depuis le 17e siècle, au nom du code d’honneur du bushidô.
Tragi-comédie historique de la Tôei avec son meilleur acteur dans ce genre, la star Kinnosuke Nakamura qui interprète sept personnages de la même famille à travers les âges.
「十三人の刺客」
Un film de Eiichi Kudô / 1963 / 125’ / vostf
avec Chiezô Kataoka, Kanjurô Arashi, Kôtarô Satomi
Matsudaïra, seigneur provincial, fait régner la terreur sur son fief et les régions qu’il traverse chaque fois qu’il se rend à Edo ; et comme il est le frère cadet du Shôgun, personne, au gouvernement central, n’ose le condamner. Jusqu’au jour où un ministre donne secrètement l’ordre à son plus fidèle vassal d’organiser son élimination. Lors de son prochain voyage, une redoutable souricière attend le suzerain et son cortège de 50 cavaliers.
Une des dernières superproductions spectaculaires du jidaigeki avant que ce genre ne prenne une tournure contestataire et nihiliste qui attirera un public plus intellectuel et moins populaire.
「大殺陣」
Un film de Eiichi Kudô / 1964 / 118’ / vostf
avec Kôtarô Satomi et Ôtomo Ryûtarô
Jinbo, petit samouraï fonctionnaire sans histoire, voit sa vie basculer le jour où l’un de ses amis – soupçonné d’appartenir à un groupe révolutionnaire - se réfugie chez lui pour fuir une violente rafle policière. Voulant s’interposer, Jinbo est accusé de complicité tandis que sa femme est tuée devant lui. Il parvient à s’enfuir et, ivre de vengeance, décide de rallier la cause des révolutionnaires qui sont en train préparer un coup d’état.
Ce film de samouraïs est une allégorie réaliste du mouvement radical étudiant des années 60 au Japon. L’esprit nouvelle vague et sa révision critique des genres touchent aussi les formes très conventionnelles du jidaigeki qui renoue ainsi avec la nature contestataire d’une partie de sa production à l’époque du muet mais dans un style plus réaliste et percutant.
「狼と豚と人間」
Un film de Kinji Fukasaku / 1964 / 95’ / vostf
avec Ken Takakura, Rentarô Mikuni, Kinya Kitaôji, Sanae Nakahara
Un truand solitaire cherche à recruter des hommes pour dévaliser un gang puissant et respecté.
Le premier film de yakuzas de Kinji Fukasaku qui change les règles du genre en mettant l’accent sur la liberté individuelle plutôt que d’idéaliser le fameux code d’honneur censé régir la vie des gangs.
「日本侠客伝」
Un film de Makino Masahiro / 1964 / 98’ / vostf
avec Kinnosuke Nakamura, Takakura Ken, Ôki Minoru, Hiroyuki Nagato, Yôko Minamida
Kibamasa, un vieux clan de yakuza attaché aux codes de la chevalerie et respecté des habitants entre en conflit avec Okiyama, un clan moderne « sans code d’honneur » qui tente de prendre le contrôle du quartier en s’assurant l’appui de la police et des politiciens.
Film typique du genre dit « ninkyô » ou « yakuza à l’esprit chevaleresque » produit en masse par la Tôei et qui inspirera quelques années plus tard les films réalistes de Kinji Fukasaku. Hideo Gosha dans « La proie de l’homme » fera un magnifique portrait fantasmé de ces yakuzas qui seraient les derniers dépositaires de valeurs définitivement perdues dans la société moderne.
「明治侠客伝・三代目襲名」
Un film de Tai Katô / 1965 / 90’ / vostf et vosta/ Couleur
avec Kôji Tsuruta, Junko Fuji, Kanjûrô Arashi, Masahiko Tsugawa, Tetsurô Tanba
A la fin du 19e siècle, l’assassinat d’un parrain respecté provoque une guerre de succession entre ses lieutenants. Le nouveau chef élu à la tête de la grande famille s’efforce d’atténuer les rivalités entre « conservateurs » et « modernistes » et de trouver une voie de compromis pour que survive son clan dans la nouvelle société qui s’annonce.
Un monument du genre « ninkyô » qui marque la transition réussie du jidaigeki vers le film de yakuza. Kanjurô Arashi, monstre sacré du film de samouraï, termine sa prestigieuse carrière (300 films entre 1927 et 1965) dans des rôles furtifs de « parrain sage » assassiné dès le début du film par des traîtres ambitieux moins préoccupés d’honneur que de profits économiques.
「飢餓海峡」
Un film de Tomu Uchida / 1964 / 183 ’ / vostf
avec Rentarô Mikuni, Sachiko Hidari, Junzaburô Ban, Ken Takakura, Susumu Fujita
Dans l’après-guerre, un prêteur sur gages d’Iwanai (Hokkaidô) est assassiné avec toute sa famille. Le même jour, un terrible naufrage a lieu au large de Hakodate, le port que les criminels ont rejoint pour franchir le détroit. Un seul survivra à la traversée ; il rencontrera ensuite Yaé, une prostituée qui couvrira sa fuite. Celle-ci le retrouve fortuitement dix ans plus tard. Mais l’homme, devenu entre-temps un industriel respectable, est embarrassé par la réapparition de Yaé, la dernière trace de son passé.
Les superproductions restent la chasse gardée des grands maîtres du studio qui ont toute latitude pour déployer leur savoir-faire. Ici, Tomu Uchida exploite un fait divers pour en faire une véritable allégorie dramatique et fantastique sur la misère et l’espoir dans la société de l’après-guerre. Ce film noir aux accents naturalistes ancré dans la réalité japonaise de l’époque est classé dans les dix meilleurs films du cinéma japonais.
「緋牡丹博徒・花札勝負」
Un film de Tai Katô / 1969 / 98’ / vostf / Couleur
avec Junko Fuji, Tomizaburô Wakayama, Ken Takakura
Oryû est la fille d’un chef de gang tué dans un guet-apens. Elle a parcouru le pays à la recherche des assassins avant de devenir joueuse professionnelle itinérante. Son talent au jeu et sa beauté sublime lui ont valu le surnom de « pivoine rouge ». Au cours de son périple, elle est mêlées à des intrigues entre des clans yakuzas rivaux et s’érige souvent en justicière.
Série à succès des studios Tôei, elle partage avec celle de « Zatôichi » produite dans les studios concurrents de la Daiei, de nombreux points communs, notamment cette capacité des réalisateurs qui s’y relayent à donner une touche artistique très personnelle en dépit des contraintes commerciales inhérente à une série très calibrée. 3e épisode de la série initiée en 1968 avec l’actrice vedette Junko Fuji.
「緋牡丹博徒・お竜参上」
Un film de Tai Katô / 1970 / 100’ / vostf / Couleur
avec Junko Fuji, Tomizaburô Wakayama, Bunta Sugawara
Oryû est la recherche d’une jeune fille, Okimi, dont la mère a été tuée à la suite d’une méprise. Ses investigations la conduisent à Asakusa où elle est mêlée à des luttes de clans. Oryû aide celui de Hisa à conserver ses droits, au cours d’une partie de cartes où elle réussit à prouver la tricherie de son adversaire.
5e film réalisé par Tai Katô, le meilleur artisan de la série.
「仁義なき戦い」
Un film de Kinji Fukasaku / 1973 / 99’ / vostf / Couleur
avec Bunta Sugawara, Hiroshi Matsutaka, Nobuo Kaneko, Tatsuo Umemiya
Dans le monde des yakuzas, le code d’honneur a disparu pour faire place à la loi du plus fort.
Super-production inspirée de faits réels (une longue guerre des gangs qui a existé dans le chaos de l’après-guerre), c’est le film le plus accompli de Fukasaku dans sa démarche de révolutionner les règles du genre. Classé parmi les vingt meilleurs films de l’histoire du cinéma japonais.
「県警対組織暴力」
Un film de Kinji Fukasaku / 1975 / 101’ / vostf / Couleur
avec Bunta Sugawara, Tatsuo Umemiya, Hiroki Matsukata, Nobuo Kaneko
Kurashima en 1963. Depuis plus de 7 ans, deux clans de Yakuzas s’affrontent, les Ohara et les Kawade. Et depuis plus de 7 ans, la police essaie de les mettre hors d’état de nuire. Un jeune inspecteur courtise les uns pour piéger les autres. Jusqu’au jour où tout vole en éclats… Avec cette histoire tragique d’une amitié virile entre un policier et un truand tous deux respectueux de leur code d’honneur respectif, Fukasaku poursuit son entreprise « nouvelle vague » du cinéma de genre japonais.
「鬼龍院花子の生涯」
Un film de Hideo Gosha / 1982 / 146’ / vostf / Couleur
avec Masako Natsume, Shima Iwashita, Tetsuro Tamba, Tatsuya Nakadai
Matsué est la fille adoptive de la maison Kiryuin, un clan yakuza qui règne sur la ville de Kochi, dans l’île de Shikoku. Onimasa, leur chef charismatique, serait le descendant d’une famille de samouraïs. Impitoyable en affaires, il est néanmoins respecté dans les quartiers pauvres de la ville pour sa générosité et son sens de l’honneur. Matsué grandit dans cette société de l’ombre, entre guerres des gangs et rivalités amoureuses dans le harem du chef. Avec les années et malgré les brimades, elle finit par aimer Onimasa comme un vrai père et à l’admirer. Mais le comportement de plus en plus chevaleresque d’Onimasa commence à déplaire au grand parrain de Shikoku duquel il dépend…
Dans un contexte économique incertain où les superproductions sont devenues une prise de risque, les studios de la Tôei ont encore l’audace d’adapter à l’écran trois romans de Miyako Tomio, largement autobiographiques, sur le monde de la pègre et de la prostitution à Kochi, (île de Shikoku), dans les années 1920 et 1930, trois livres qui ont été un succès phénoménal de librairie. La complicité qui lie depuis longtemps Hideo Gosha à la romancière va contribuer au succès de cette trilogie, trois drames poignants à l’érotisme torride : Dans l’ombre du loup, Yohkiroh le Royaume des geishas et La proie de l’homme. Une réussite collective grâce aussi au jeu truculent de Tatsuya Nakadai dans le premier film, et à celui ténébreux mais d’un étonnant réalisme de Ken Ogata dans les deux autres.
「極道の妻たち」
Un film de Hideo Gosha / 1986 / 117’/ vostf / Couleur
avec Shima Iwashita, Mikio Narita, Rino Katase, Sera Masanori
Au cœur de la pègre d’Osaka, une femme dirige un clan de cinq cents yakuzas. Son mari est en prison. Elle est redoutable et redoutée, intelligente et fin stratège, tout en gardant sa féminité. La discorde et la désorganisation du clan adviennent lorsque ses projets pour marier sa sœur à un notable non corrompu échouent, et que cette dernière décide d’épouser un yakuza d’une bande rivale.
Dernière déclinaison du film de yakuzas imaginée par la Tôei : la vie des femmes de caïds présentées comme de redoutables stratèges, lesquelles, entre intrigues et compromissions, tentent d’éviter des guerres de gangs sanglantes.
「女衒」
Un film de Shohei Imamura / 1987 / 124’ / vostf et vosta/ Couleur
avec Ken Ogata, Mitsuko Baishô, Ko Chun Hsiang, Shinsui Sanshô
En 1901, un jeune japonais ambitieux, Iheiji Muraoka, quitte sa terre natale pour rejoindre Hong Kong ou il va devenir un puissant « Zegen », c’est-à-dire marchand de femmes. Avec son commerce florissant, il va inonder de prostituées toute la région de l’Asie où la puissance japonaise est présente.
Comédie noire sur les tribulations d’un patriote qui vit au rythme de l’expansionnisme japonais du début de 20e siècle. Grâce à la palme d’or obtenue à Cannes en 1983 avec « La Ballade de Narayama », Imamura reprend un temps le chemin des studios (il était devenu indépendant en 1966) par le biais de coproductions.
「おもちゃ」
Un film de Kinji Fukasaku / 1998 / 113’ / vosta / Couleur
avec Maki Miyamoto, Sumiko Fuji (Junko Fuji), Masahiko Tsugawa, Kaho Minami, Yumiko Nogama
Dans le Japon de l’après-guerre, le petit monde des geishas de Kyôto tente de résister vaille que vaille à la loi anti-prostitution et aux mouvements féministes qui les forcent à renoncer à leur condition.
Pour cette superproduction pleine de malice, Fukasaku a fait appel à trois grandes actrices représentatives de la libération des mœurs exprimée dans le cinéma japonais des années 1960 : Sumiko Fuji (Junko Fuji) (« La pivoine rouge »), Mariko Okada (« Eros+massacre » de Kijû Yoshida), et Yumiko Nogawa (« La barrière de la chair » de Seijun Suzuki).
「新・仁義なき戦い」
Un film de Haijime Hashimoto / 2002 / 110’ / vosta / Couleur
avec Katsunori Takahashi, Ken Watanabe, Nenji Kobayashi
La mort du chef de clan Oda provoque une guerre de succession entre le prétendant à sa succession et un autre clan allié qui veut s’emparer de l’héritage d’Oda pour consolider son territoire. Vingtième film de la série « Combat sans code d’honneur » initiée en 1973 par Kinji Fukasaku.
Informations pratiques
Petite salle (rez-de-chaussée)
Tarif 4 € / Réduit 3 € /
* films en entrée libre
(dans la limite des places disponibles)
Films présentés en
version originale sous-titrée français (vostf) et
version originale sous-titrée anglais (vosta)
Provenance des copies :
Japan Foundation Film Library,
Wild Side Films