
Kenji Misumi (1921-1975) et Tai Katô (1916-1985) doivent à une reconnaissance tardive voire posthume leur statut de « maître du cinéma de genre ». Par cette appellation, il faut entendre une aptitude commune à ces réalisateurs de studios des années 1960 à préserver la qualité héritée de leurs prestigieux aînés (Ozu, Mizoguchi, Kinugasa, Itô, Itami) dans un contexte de cinéma d’exploitation de plus en plus contraignant en raison de la crise de l’industrie du cinéma. Cette nouvelle série inaugurée avec Misumi et Katô présentera de nombreux exemples de ce travail de « maître » – d’auteur derrière le faiseur – qui pourrait se définir ainsi : un metteur en scène porteur d’un message personnel et inventeur de formes dans le respect de la tradition et de la conception du septième art propre à sa compagnie. (La Daiei pour Misumi et la Tôei pour Katô.)
Le spectre de Dame Iwa
怪談お岩の亡霊 (kaidan oiwa no bôrei)
1961 / 94’ / 35 mm / Décors : Chôshirô Katsura / Photographie : Shin Furuya / Musique : Han Takahashi / Avec Tomisaburô Wakayama, Yoshiko Fujishiro, Hiroko Sakuramachi, Jûshirô Konoe
Dans cette autre adaptation du Fantôme de Yotsuya, plus réaliste que celle de Misumi, Tai Katô adopte un point de vue social. Il décrit Iemon comme un personnage violent et abject, rongé par l’ambition.
MARDI 17 JANVIER 17H - MERCREDI 25 JANVIER 17H
Liens de sang
瞼の母 (mabuta no haha)
1962 / 83’ / 35 mm / Décors : Minoru Inano / Photographie : Makoto Tsuboi / Musique : Chûji Kinoshita / Avec Kinnosuke Nakamura, Michiyo Kogure, Hiroki Matsukata, Shizue Natsukawa, Hitomi Nakahara
Un jeune yakuza sans feu ni lieu passe sa vie à rechercher sa mère qui l’a abandonné à sa naissance.
Film typique du matatabi-mono, sous-genre situé entre film de sabre et film de yakuzas auquel peut être rattaché aussi Zatôichi. Les héros y sont des voyous au grand cœur condamnés à l’errance et à la dérive sociale après avoir été bannis de leur clan. La version de Tai Katô fut un immense succès populaire grâce au jeu expressif et communicatif de la star maison Kinnosuke Nakamura.
SAMEDI 21 JANVIER 14H30 - MARDI 14 FÉVRIER 19H30
Chroniques guerrières du clan Sanada
真田風雲録 (sanada fûunroku)
1963 / 100’ / 35 mm / Décors : Norimichi Ikawa / Photographie : Osamu Furuya / Musique : Hikari Hayashi / Avec Kinnosuke Nakamura, Misako Watanabe, Jerry Fujio, Hitoshi Omae, Mickey Curtis
Après la bataille de Sekigahara, un groupe d’enfants intrépides se lie à un samouraï, Sanada, qui part à l’assaut du château d’Ôsaka.
Une comédie musicale à costumes atypique mêlant combats de ninjas, anachronismes loufoques et science-fiction. À travers l’histoire du clan Sanada qui, par opportunisme, ne choisit jamais son camp au cours de ce conflit décisif, Tai Katô transpose dans le Japon guerrier du 16e siècle les troubles politiques de 1960, l’année où la jeune génération s’opposa violemment à la reconduction du traité de paix nippo-américain par le gouvernement.
JEUDI 19 JANVIER 19H30 - SAMEDI 18 FÉVRIER 19H30
Le ninja du vent
風の武士 (kaze no bushi)
1964 / 95’ / 16 mm / Décors : Motozô Kawashima / Photographie : Matsui Kô / Musique : Chûji Kinoshita / Avec Hashizô Ôkawa, Minoru Ôki, Hiroko Sakuramachi, Nahoko Kubo, Kôji Nanbara, Sanae Nakahara
Un agent secret ninja est missionné par le shogunat d’Edo pour infiltrer le fief vassal de Kishû. Il doit trouver et protéger la princesse impériale qui y réside incognito. Des factions hostiles aux Tokugawa sont également à sa recherche pour prendre le contrôle de Kishû et légitimer leur action en son nom.
MARDI 17 JANVIER 19H30 - JEUDI 26 JANVIER 19H30
L’indomptable d’Edo
車夫遊侠伝 喧嘩辰 (shafu yûkyôden kenka tatsu)
1964 / 100’ / 35 mm / Décors : Norimichi Ikawa / Photographie : Kawasaki Shintarô / Musique : Han Takahashi / Avec Ryôhei Uchida, Meichô Soganoya, Jûshirô Konoe, Hiroko Sakuramachi, Chôichirô Kawarasaki, Junko Fuji
Tôkyô, début du XXe siècle. Tatsugorô est conducteur de pousse-pousse de son état. Bagarreur et gouailleur, on l’apprécie aussi pour son esprit chevaleresque hérité de l’ancienne culture d’Edo. Après avoir rencontré quelques ennuis avec la police, Tatsugorô décide de quitter la capitale pour se refaire à Ôsaka. Il y acquiert bientôt la réputation de meilleur taxi de la ville, ce qui n’est pas du goût du gang local qui contrôle le marché des pousse-pousse. La situation se complique lorsqu’il tombe amoureux de la geisha entretenue par le chef du gang.
VENDREDI 20 JANVIER 19H30 - SAMEDI 4 FÉVRIER 17H
Contes cruels au pays du soleil couchant
幕末残酷物語 (bakumatsu zankoku monogatari)
1964 / 99’ / 35 mm / Décors : Jirô Tomita / Photographie : Jûhei Suzuki / Musique : Hikaru Hayashi / Avec Hashizô Ôkawa, Ryôhei Uchida, Junko Fuji, Chôichirô Kawarasaki, Takeya Nakamura, Kô Nishimura.
Interdit aux moins de 12 ans.
Bien que peu courageux, un samouraï en manque de réussite sociale décide de s’enrôler dans le Shinsengumi, le légendaire corps franc patriotique et loyaliste de la fin du régime des Tokugawa. Il y découvre des conditions inhumaines.
Sous-genre à part entière du film historique, la production narrant les exploits du Shinsengumi n’attirait plus la jeunesse lassée de voir à l’écran des figures historiques sacralisées. Katô en propose ici une parodie traitée avec humour noir et scènes gores. Ce film sorti un an après Contes cruels du Bushidô (de Tadashi Imai) confirme qu’une « nouvelle vague » s’est imposée au sein des studios Tôei : les films de divertissement traitant de sujets historiques ont pris un sens nettement politique. De même, la question de l’homosexualité évoquée dans l’intrigue inspirera quelques décennies plus tard le dernier film de Nagisa Oshima, Tabou (1999).
MARDI 24 JANVIER 17H - SAMEDI 11 FÉVRIER 14H30
Le sang de la vengeance
明治侠客伝 三代目襲名 (meiji kyôkakuden sandaime shûmei)
1965 / 90’ / 35 mm / Décors : Norimichi Ikawa / Photographie : Washio Motoya / Musique : Shunsuke Kikuchi : Avec Kôji Tsuruta, Junko Fuji, Kanjûrô Arashi, Masahiko Tsugawa, Tetsurô Tamba

À la fin du XIXe siècle, l’assassinat d’un grand parrain provoque une guerre de succession. Le nouveau chef élu à la tête de l’organisation s’efforce d’atténuer les rivalités entre « conservateurs » et « modernistes ». Seule la voie du compromis assurera la survie du clan dans la nouvelle ère qui s’annonce.
Monument du genre ninkyô (yakuza chevaleresque) et allégorie du Japon moderne, ce film marque aussi la transition réussie du film de sabre vers le film de yakuza aux studios Tôei.
SAMEDI 21 JANVIER 19H30 - SAMEDI 11 FÉVRIER 19H30
Tokijirô, le loup solitaire
沓掛時次郎 遊侠一匹 (kutsukake tokijirô yûkyô ippiki)
1966 / 90’ / 35 mm / Décors : Norimichi Ikawa / Photographie : Shin Furuya / Musique : Ichirô Saitô / Avec Kinnosuke Nakamura, Junko Ikeuchi, Chiyonosuke Azuma, Kiyoshi Atsumi, Keiko Yumi, Kinnosuke Takamatsu
Le yakuza Tokijirô se fait offrir l’hospitalité chez un chef de gang qui lui demande en retour – conformément au code d’entraide chez les yakuzas – de tuer un rival. Avant de mourir, ce dernier lui confie sa femme et son jeune fils. Les sachant en danger, Tokijirô décide de les prendre sous sa protection le temps de les ramener à leur village natal. Au cours du voyage, Tokijirô se retient d’éprouver des sentiments pour la veuve et son enfant.
Autre chef-d’œuvre avec Liens de sang et Sur la route à jamais du sous-genre matatabi-mono, qui fut la marque de fabrique des studios Tôei et Daiei dans les années 1960.
MERCREDI 18 JANVIER 19H30 - JEUDI 9 FÉVRIER 19H30
Délit de faciès
男の顔は履歴書 (otoko no kao wa rirekisho)
1966 / 89’ / 35 mm / Décors : Chiyoo Umeda / Photographie : Tetsuo Takaha / Musique : Hajime Kaburagi / Avec Noboru Andô, Ichirô Nakatani, Jûzô Itami, Sanae Nakahara, Akemi Mari
Japon, après la défaite 1945. Un Coréen blessé dans un accident est transporté à l’hôpital où travaille le chirurgien Amamiya. Celui-ci reconnaît Choi, impliqué dans la mort de son frère Shunji pendant la guerre. La femme de Choi supplie Amamiya de le sauver.
Tai Katô a réalisé ce film pour les studios Shôchiku, compagnie moderne traditionnellement attachée aux auteurs. Film noir à la japonaise dont le drame se déroule dans le chaos de l’après-guerre.
MERCREDI 18 JANVIER 17H - SAMEDI 18 FÉVRIER 17H
Requiem pour un massacre
みな殺しの霊歌 (minagoroshi no reika)
1968 / 90’ / 35 mm / Décors : Kyôhei Morita / Photographie : Keiji Maruyama / Musique : Hajime Kaburagi / Avec Makoto Satô, Chieko Baishô, Kin Sugai, Sanae Nakahara, Yuki Kawamura, Ran Fan Ô. Interdit aux moins de 12 ans.
Takako Yasuda, femme riche et oisive, est assassinée chez elle par un inconnu. Avant de la tuer, celui-ci l’a forcée à noter le nom sur une feuille de papier de quatre femmes…
Autre film noir réalisé par Katô pour le compte des studios Shôchiku.
JEUDI 19 JANVIER 17H - MARDI 7 FÉVRIER 17H
La pivoine rouge : le jeu des fleurs
緋牡丹博徒 花札勝負 (hibotan bakuto hanafuda shôbu)
1969 / 98’ / 35 mm / Décors : Jirô Tomita / Photographie : Shin Furuya / Musique : Takeo Watanabe / Avec Junko Fuji, Ken Takakura, Kanjûrô Arashi, Ritsu Ishiyama, Tomisaburô Wakayama
3e épisode de la série. Alors qu’elle poursuit son voyage initiatique dans le monde des yakuzas, Oryû sauve d’une mort certaine une petite fille aveugle, Okimi, qui marchait sur une voie ferrée. Elle découvrira plus tard que sa mère est une tricheuse redoutée qui écume les maisons de jeux en usurpant son identité et que sa tête a été mise à prix par le milieu.
VENDREDI 20 JANVIER 17H - JEUDI 16 FÉVRIER 19H30
La pivoine rouge : le retour d’Oryû
緋牡丹博徒 お竜参上 (hibotan bakuto oryû sanjô)
1970 / 100’ / 35 mm / Décors : Norimichi Ikawa / Photographie : Shigeru Akatsuka / Musique : Ichirô Saitô / Avec Junko Fuji, Bunta Sugawara, Eiko Yamagishi, Akio Hasegawa, Kanjûrô Arashi
6e épisode de la série. Depuis quelques années, Oryû est à la recherche d’Okimi, la petite fille aveugle devenue depuis orpheline. Elle finit par la retrouver dans le quartier des théâtres de Tôkyô où elle opère comme pickpocket pour le compte d’un gang. Oryû confie Okimi à un vieux chef yakuza respecté en qui elle a confiance. Mais ce dernier est victime d’un complot ourdi par un clan rival.
MARDI 24 JANVIER 19H30 - JEUDI 2 FÉVRIER 19H30
Informations pratiques
Tarif 4€ / Réduit 3€ /
*Séances en entrée libre
(dans la limite des places disponibles).
Petite salle (rez-de-chaussée) .
Films présentés en VOSTF (version originale sous-titrée français)
Organisation
Fondation du Japon / Association pour la MCJP
avec le soutien de l’Amicale au Japon pour la MCJP
Provenance des copies :
The Japan Foundation Film Library, Wild Side Films
En partenariat avec
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