
Né le 25 novembre 1948 à Fuchû, fils d’un marchand de jouets, Jun Ichikawa a grandi à Kagurazaka, quartier historique et cosmopolite au centre de Tôkyô. Cinéphile, mélomane, passionné de peinture, Ichikawa échoue pourtant, en 1967, au concours d’entrée de l’université des Beaux-arts de Tôkyô. Pendant plusieurs années, il vit de petits métiers tout en s’initiant à l’écriture scénaristique et au film en 8mm alors en vogue. Il fréquente aussi les plateaux de tournage des grandes compagnies, mais peine à s’y faire embaucher en raison de la crise du système des studios.
Alors qu’il a renoncé au métier de cinéaste, « ce rêve lointain », l’essor de la société de consommation et de l’information lui donne l’opportunité de devenir réalisateur de films publicitaires. Après quelques années d’assistanat en tant que storyboardeur, il se fait vite un nom dans la profession, remportant de nombreux prix au Japon comme à l’étranger (Festival international de la publicité de Cannes, 1985).
Devenu indépendant dans le contexte d’euphorie économique de l’époque dite de « la bulle », Ichikawa a tourné plus de 2000 spots pour le compte de grandes sociétés (télécommunication, construction, agroalimentaire, etc.). Son talent à valoriser les produits du quotidien dans des saynètes de la vie ordinaire au rythme enlevé (famille, vie de bureau, école, transports en commun, rapports de voisinage) en fait un créateur de plus en plus sollicité par la grande industrie.
Cette reconnaissance lui ouvre les portes du cinéma où il se voit offrir les meilleurs castings du moment. Après Les complexées (1988), histoire d’une adolescente en lutte contre sa timidité, Ichikawa enchaîne les réalisations, au rythme d’une par an, dans lesquelles il s’attache à dépeindre l’humanité des drames simples de l’homme du commun. Comme Ozu, il va s’intéresser à la sphère familiale (Mourir à l’hôpital, Tôkyô Sérénade) ; et comme Naruse, à reproduire l’atmosphère d’un lieu (La ville murmurée, Contes d’Ôsaka) ou le monde des jeunes geishas (Les complexées). Ses mises en scènes sont aérées, naturelles, affectionnent le plan-séquence : posture en réaction sans doute aux contraintes formelles de l’exercice publicitaire. Le quotidien du salarié japonais (Une vie à Tôkyô) l’inspire autant que les best-sellers de la littérature contemporaine (Mariko Hayashi, Banana Yoshimoto, Haruki Murakami, Makoto Shiina) traitant de la condition féminine, la solitude (Tôkyô Marigold), ou la quête de soi chez les adolescentes (Jeunes filles au téléphone portable).
La particularité des films d’Ichikawa est la présence insistante des paysages de Tôkyô saisis en lents travellings ondulants ou en panoramiques contemplatifs (Maria, Tsugumi et la mer). Ils sont autant de tableaux d’une urbanité englobante et réconfortante qui relativisent la mélancolie de ses personnages dont la culture est profondément et exclusivement citadine. Le sentiment de nostalgie leur étant inconnu, c’est toujours au cœur de la ville, espace de cohésion et de vie, et de ses possibilités infinies, qu’ils se ressourcent en y trouvant les moyens de surmonter leurs expériences tragiques.
En 1995, la critique et le public ont vu dans Le goût du tôfu (The Tokyo Siblings) un Ozu moderne. Même s’il a toujours porté beaucoup d’intérêt au travail du grand maître japonais, Ichikawa se sentait plutôt proche d’Eric Rohmer, un des réalisateurs français qui l’a le plus marqué. À partir des années 2000, la décennie des grandes mutations sociales, son œuvre prend parfois une tonalité pessimiste quand elle évoque l’hypermodernité du Japon à travers les personnages tourmentés de Tony Takitani et d’Un costume.
Pour ce dernier métrage, le prix du Meilleur film, section « Un regard japonais », lui a été décerné à titre posthume au Festival de Tôkyô (octobre 2008).
Fabrice Arduini
Tôkyô Marigold
東京マリーゴールド tôkyô marîgôrudo
d’après le roman de Mariko Hayashi / 2001 / 97’ / vostf / copie 35mm /
Avec Rena Tanaka, Yukiyoshi Ozawa, Yôichirô Saitô, Hikari Uchida, Akira Terao, Kirin Kiki / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Yoshikazu Suo
« Marigold : plante herbacée à fleurs jaunes dont la floraison peut durer toute l’année. »
Eriko vient de rompre avec son petit ami. Elle se fait une raison et reprend vite goût aux joies du célibat au cœur de l’hypermoderne Tôkyô. Plus tard, au cours d’une soirée, elle sympathise durablement avec le sémillant Tamura, jeune cadre dynamique au service des nouvelles technologies. Celui-ci a tôt fait de dissiper le malentendu : il attend le retour de sa fiancée partie étudier un an aux Etats-Unis. Eriko, amoureuse malgré tout, lui propose un pacte : vivre ensemble une année et se quitter gentiment. Pendant 12 mois, elle expérimente un semblant de bonheur conjugal, avant d’apprendre la très désagréable vérité sur Tamura.
Commentaire du cinéaste :
« En faisant ce film, j’étais obsédé par l’idée d’en faire une œuvre limpide. Et durant le montage, j’ai inventé une formule résumant mon propos : « garder le regard frais ». Et je me la répétais sans cesse, comme une formule magique. Personnellement, lorsque je repense à ce film, c’est cette formule : « garder le regard frais », qui me vient spontanément à l’esprit. »
Mardi 26 juin 20h
En présence de Sachiko Ichikawa, épouse du réalisateur
Samedi 30 juin 19h

Tony Takitani
トニー滝谷 tonî takitani
d’après la nouvelle de Haruki Murakami / 2004 / 76’ / vostf / copie neuve 35mm /
Avec Issay Ogata et Rie Miyazawa / Narration de Hidetoshi Nishijima / Photographie de Taishi Hirokawa / Musique de Ryûichi Sakamoto
Tony a eu une enfance solitaire. Il perçoit donc les émotions comme anormales, voire immatures. Quand il rencontre Eiko, il découvre les sentiments jusqu’alors ignorés : l’affection, et son pendant, la peur de sa perte. Leur amour s’épanouit sans problème à une exception près : l’achat compulsif et irrésistible de vêtements de marque qu’Eiko accumule dans une pièce dédiée à cette obsession. Quand elle meurt tragiquement, Tony passe ses journées dans cette pièce, entouré de ces habits-souvenirs. Il décide alors de passer une annonce, à la recherche d’une femme aux mensurations de la disparue...
Prix spécial du Jury, Locarno, 2004
« Tony Takitani resta longtemps à contempler d’un œil vague les vêtements de sa femme. Pour lui, c’était comme une ombre qu’elle avait laissée derrière elle. Des ombres de taille 36, superposées sur plusieurs rangées, pendant sur les cintres. On aurait dit un échantillon des possibilités infinies que recelait l’existence humaine, rassemblées et suspendues là. » (Tony Takitani, Editions Belfond, 2005, traduit par Corinne Atlan)
Commentaire du cinéaste :
« Il me semble que le dressing qui apparaît dans le film est à l’image de notre vie. Nous vivons entourés d’une quantité phénoménale de choses que nous ne sommes pas en mesure d’acheter, et qui resteront hors de notre portée quoi que nous fassions. Cela n’empêche cependant pas les gens autour de nous de répéter sans cesse : « voici un vêtement qui vous irait à merveille », « voici un vêtement qui est fait pour vous ». Cette situation contradictoire est génératrice de frustration et de profonde solitude, sensations qui sont le lot commun des individus dans nos sociétés modernes. » (extrait du dossier du film)
Mercredi 27 juin 18h15
Vendredi 13 juillet 19h45

Maria, Tsugumi et la mer
つぐみ tsugumi
d’après le roman de Banana Yoshimoto / 1989 / 105’/ vostf / copie 16mm / _ Avec Riho Makise, Tomoko Nakajima, Yasuyo Shirashima, Hiroyuki Sanada / Photographie de Kôichi Kawakami / Musique de Fumi Itakura
Tsugumi vit à Matsuzaki, une station balnéaire de la péninsule d’Izu. De constitution fragile depuis sa naissance, la mort est insidieusement présente dans son quotidien. A 18 ans, elle mène la vie dure à ses parents : craignant que la moindre contrariété pourrait lui être fatale, ils lui ont tout cédé pendant son enfance. Les seuls à lui pardonner ses turpitudes sont sa cousine Maria venue passer les vacances d’été à Matsuzaki, et Kyôichi, le nouveau petit ami de Tsugumi. L’été touche à sa fin, Tsugumi semble être heureuse, mais un événement tragique va l’affecter dangereusement. Maria, rentrée à Tôkyô, reçoit une lettre de Tsugumi qui ressemble fort à un testament.
Commentaire du cinéaste :
« Il y a dans l’existence quelque chose de très intense, qu’on peut appeler « énergie vitale ». C’est une énergie dont on ignore le moment où elle prendra fin, une énergie fragile, irremplaçable. Cette lueur vitale, j’ai voulu la représenter chez une jeune fille confrontée à de nombreux obstacles et dont la vie semble souvent ne tenir qu’à un fil. Et j’ai aussi tenu à montrer tous ceux qui sont touchés au fond du cœur par cette lueur vitale. » (extrait d’un document de presse)
Mercredi 27 juin 20h
Vendredi 13 juillet 17h30


Le goût du tôfu
東京兄妹 tôkyô kyôdai
1994 / 92’ / vostf / copie 35mm / Avec Naoto Ogata et Urara Awata /
Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Yuki Kajiura
Kenichi et Yôko ont perdu leurs parents et vivent ensemble dans la maison familiale. Kenichi, trentenaire, est fiancé mais refuse de se marier avant sa petite sœur Yôko, qui n’a pourtant que 20 ans. A bout de patience, la fiancée de Kenichi décide de rompre en lui lançant au visage « qu’il n’a qu’à se marier avec sa sœur ». Entre-temps, cette dernière a fait la rencontre d’un garçon. Kenichi se retrouve finalement seul. L’absence de Yôko lui devient insupportable…
Mention spéciale prix de la critique internationale, Festival de Berlin, 1995
Commentaire du cinéaste :
« Il s’agit de l’histoire d’un frère et d’une sœur qui vivent paisiblement dans la maison familiale située dans un vieux quartier de Tokyo. Ils entretiennent la mémoire de leurs parents défunts. Mais la situation change brusquement du fait d’un acte inattendu de Yoko. Sa destinée va quitter le chemin de la dépendance, et du même coup son frère aîné va lui aussi pouvoir passer à une nouvelle phase de son existence. Au premier abord, le film peut paraître inactuel, mais je suis sûr qu’il existe réellement quelque part une telle maison et une telle relation entre un frère et une sœur. C’est en partant de là que je me suis convaincu du bien-fondé de ma démarche. Par ailleurs, abreuvés comme nous le sommes quotidiennement de films à grand spectacle, j’ai voulu pour ma part donner ici à sentir la fugacité du temps et représenter le passage des saisons. Je souhaitais que les spectateurs, dans l’obscurité de la salle de cinéma, puisse faire l’expérience du temps qui passe, expérience qu’aucun autre média passant par l’image n’est de nos jours susceptible de proposer. »
Jeudi 28 juin 18h
Mercredi 18 juillet 19h45
Contes d’Ôsaka
大阪物語 ôsaka monogatari
1999 / 119’ / vostf / copie 35mm /
Avec Chizuru Ikewaki, Kenji Sawada, Yûko Tanaka / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Tomoyuki Asakawa
Ryûsuke et Harumi forment un modeste duo de comiques. Depuis 20 ans, ils se produisent dans les petits théâtres populaires d’Ôsaka. Leur fille, Wakana, 14 ans, observe les querelles incessantes du couple qui finit par divorcer. Ryûsuke commence à boire et disparaît. Wakana décide de partir à sa recherche. Dans le monde truculent d’Ôsaka, elle fait la rencontre de personnes qui ont connu Kôsuke. Tous lui font un portrait de son père très différent de celui que lui avait transmis sa mère.
Commentaire du cinéaste :
« C’est un projet dans lequel j’ai intégré tous les éléments des films qui m’ont durablement marqué tout au long de ma vie. Même si cela peut paraître un peu vague, je dois dire que jamais auparavant je n’avais mis autant de ressenti personnel dans un film. Et j’espère qu’il saura toucher les spectateurs droit au cœur. » (extrait du dossier du film)
Jeudi 28 juin 20h
Mercredi 11 juillet 19h45


Un costume
スーツを買う sûtsu o kau
écrit, tourné et monté par Jun Ichikawa / 2009 / 47’ / vostf / vidéo HDCAM haute-définition /
Avec Yukiko Sunahara, Sabakichi, Momoko Mieda, Takaaki Yamazaki / Musique de Ryûnosuke Matsumoto
Hisashi, originaire d’Ôsaka, est porté disparu depuis cinq ans. Un jour, sa sœur Yuki reçoit une carte postale de lui sur laquelle est indiquée une adresse approximative à Tôkyô. Yuki monte à la capitale et finit par le retrouver vivant comme un clochard sous le pont Azumabashi qui enjambe la rivière Sumida. Hisashi qui se dit fier de pouvoir vivre « confortablement des déchets de la civilisation » explique à sa sœur les raisons très personnelles qui l’ont décidé à disparaître et à devenir SDF.
Meilleur film, section Un regard japonais, Festival de Tôkyô, 2008
Commentaire du cinéaste :
« Avec ce film, j’ai retrouvé l’enthousiasme qui était le mien lorsque, débutant, je commençais à tracer ma ligne dans le sillage de la Nouvelle vague, équipé d’une caméra 16mm, et tournant librement en extérieurs, sans éclairages. » (extrait d’une note datant d’août 2008)
Mercredi 27 juin 17h
Samedi 30 juin 14h

Jeunes filles au téléphone portable ou La quête de soi
あしたの私のつくり方 ashita no watashi no tsukurikata
d’après le roman de Kaori Mado / 2007 / 97 ’/ vostf / copie neuve 35mm /
Avec Riko Narumi, Atsuko Maeda, Mariko Ishihara / Photographie de Kazuhiro Suzuki / Musique de Yuri Sasaki
Juri renvoie aux autres l’image d’une fille heureuse et discrète. Toutefois, elle vit dans la peur que ce masque tombe et qu’il révèle son mal-être. Elle admire Kanako, une camarade de classe qui connaît le succès sans que cela ne lui demande le moindre effort. Pourtant, subitement, Kanako est déchue et devient la paria de la classe. Juri et elle sympathisent et se lancent dans des échanges épistolaires tourmentés avec leurs téléphones portables.
Soleil d’or, Festival Kinotayo, 2007
Commentaire du cinéaste :
« J’ai voulu parler de la nécessité de s’accepter soi-même tel que l’on est, de la nécessité de ne jamais jeter l’éponge, de ne jamais renoncer à soi. J’ai fait ce film en espérant contribuer à ouvrir les yeux sur la beauté du monde. » (extrait d’un entretien dans PHP karatto, mai 2007)
Samedi 30 juin 16h30
Samedi 21 juillet 19h


Au printemps, chez Barneys ou les incertitudes de la modernité
春、バーニーズで haru, bânîzu de
d’après le roman de Shûichi Yoshida / 2006 / 120’ / vostf / vidéo HDCAM haute-définition /
Avec Hidetoshi Nishijima, Shinobu Terashima, Chiaki Kuriyama, Tomoroo Taguchi, Mitsuko Baishô / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi /
Arrangement musical de Yasuo Hashimoto
Tsutsui est marié depuis peu à Hitomi rencontrée à l’occasion d’une réunion d’affaires. Il s’entend bien avec le fils de celle-ci issu d’un premier mariage, sa mère et sa sœur artiste-peintre. Le couple s’installe sereinement dans sa nouvelle vie de famille recomposée. Le temps passe jusqu’au jour où Tsutsui, qui se sent pourtant heureux, se met à imaginer quel autre genre d’existence il aurait eue s’il n’avait pas fait le choix d’épouser Hitomi. Un jour de printemps, alors que la famille déambule dans le quartier commerçant de Shinjuku, Tsutsui retrouve par hasard son ancien ami homosexuel avec lequel il avait vécu autrefois. Quelques temps plus tard, certaines circonstances vont l’encourager à révéler à sa femme son passé sentimental.
Vendredi 29 juin 17h30
Mardi 24 juillet 19h45

Tôkyô Sérénade
東京夜曲 tôkyô yakyoku
1997 / 86’ / vostf / copie 35mm /
Avec Kyôzô Nagatsuka, Mitsuko Baishô, Kaori Momoi / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Kazuto et Reichi Shimizu
Une ruelle commerçante dans un quartier populaire de Tôkyô. Kôichi, quarantenaire, revient chez lui, où vivent sous le même toit ses parents et sa femme Hisako. Il avait quitté brusquement le domicile quelques années auparavant. Comme si de rien n’était, il reprend son travail dans le commerce familial d’électroménager. Il retrouve aussi Tami, la veuve mélancolique qui tient le bar d’en face. Parmi les voisins, certains s’agacent du mystère entretenu autour de l’étrange fugue de Kôichi. La rumeur dit qu’il aurait été l’amant de Tami et que cela aurait motivé son départ...
Prix de la mise en scène, Festival des films du monde, Montréal, 1998
Commentaire du cinéaste :
« L’être humain est confronté tout au long de sa vie à des expériences qui le dépassent. Il atteint l’âge adulte sans s’en rendre compte, et est soumis à un ensemble d’obligations dont il ne peut se défaire. Dans ce film, j’ai voulu représenter la façon dont le quotidien oppressant d’une société peut gâcher la vie des personnes, et les réduire à l’état de grains de poussière s’accumulant au fil du temps. J’ai donc réalisé un film d’amour entre adultes, dans lequel les personnages luttent contre la mainmise d’une telle inertie collective sur leur existence. Et j’ai souhaité raconter comment la vie dans toute son intensité pouvait venir perturber la monotonie d’une société au quotidien morne. » (extrait d’un document de presse)

Vendredi 29 juin 20h
Mercredi 25 juillet 14h
Le chauffeur de taxi et l’écrivain
たどんとちくわ tadon to chikuwa
d’après deux nouvelles de Makoto Shiina / 1998 / 102’ / vostf / copie 35mm /
Avec Kôji Yakusho, Jinpachi Nezu, Hiroyuki Sanada / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Fumi Itakura
Deux comédies noires, un soir de Noël à Tôkyô.
Le chauffeur de taxi : Kida (Kôji Yakusho) se morfond dans sa condition de chauffeur de taxi. Solitaire et sans attache dans la mégalopole perpétuellement en mouvement, il échoue toujours à engager une conversation avec les gens assis à l’arrière. Tant d’indifférence a fini par en faire un homme aigri et parfois violent. Alors que la fin de la journée approche, il tente sa chance avec un dernier client qui lui a paru plus aimable qu’à l’accoutumée. Mais Kida comprend bientôt que ce dernier ne l’écoute qu’à moitié et qu’il est insensible à ses épanchements. Dans un accès de rage, il décide de le kidnapper…
L’écrivain : Le même jour à la même heure, Asami (Hiroyuki Sanada), écrivain narcissique raté, traîne de bar en bar à la recherche de son plat préféré, le ragoût de chikuwa (surimi en forme de petit cylindre), sans en trouver nulle part. Déjà ivre mort, il décide de se rabattre sur le restaurant où il est toujours reçu avec des égards. Mais, à sa grande surprise, l’établissement a été rénové. La clientèle est devenue snob, et l’accueil plus commercial que familial ; pire encore, le chikuwa a perdu son bon goût d’antan. Se sentant trahi par le gérant des lieux et vouant une haine à la terre entière, Asami devient fou. Commence une scène de tuerie surréaliste avec jets de sang pop art.
Commentaire du cinéaste :
« L’œuvre originale décrit l’exaspération propre à notre temps, la sensation de désordre général où criminels et victimes semblent se confondre, et où le quotidien est fait de mille petites discriminations. Je considérais pour ma part Tokyo comme un lieu plutôt chaleureux et humain, mais j’ai découvert que la ville pouvait en réalité se révéler bien plus complexe et ambivalente que je ne le pensais, bien plus indifférente, triste et froide que ce que j’en connaissais. Et je me suis dit que ce serait très intéressant d’observer tout cela depuis une fenêtre de taxi. Ces derniers temps, les catastrophes et les faits divers se sont multipliés de telle façon qu’il est devenu impossible d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Par le biais de ce film, j’ai voulu montrer à quel point nous vivons dans une époque de désordres. Mais avant de commencer le tournage, je me suis dit qu’il s’agissait d’un projet difficile et qu’il était possible que je n’arrive pas à me faire comprendre. »
Mercredi 11 juillet 17h45
Mercredi 18 juillet 17h30

Une vie à Tôkyô
会社物語 Memories of you kaisha monogatari
1988 / 99’ / vostf / copie 35mm /
Avec Hajime Hana, Yumi Nishiyama, Hitoshi Ueki, Kei Tani, Shirô Itô /
Photographie de Susumu Ono / Musique de Fumi Itakura
Salarié d’une grande maison de commerce, Hanaoka est mélancolique : dans quelques mois, il sera à la retraite. Finalement, les vrais plaisirs de la vie, il les a vécus dans le trépidant petit monde du quartier d’affaires de Marunouchi, entre la gare de Tôkyô et le palais impérial ; et, le soir, dans l’ambiance feutrée des boîtes de jazz de la capitale. Pendant 34 ans, il a passé plus de temps avec ses collègues qu’avec sa femme, mère exemplaire de trois enfants ; et, souvent, il s’est senti plus proche de ses jeunes assistants que de son propre fils. A quelques jours de sa soirée d’adieu qu’il appréhende comme des funérailles, une rencontre inattendue va lui redonner le goût de vivre…
Commentaire du cinéaste :
« Dans ce film, j’ai voulu scruter de façon méthodique l’impression de vide intérieur qui règne chez de très nombreux Japonais salariés. Pour ce faire, j’ai observé très attentivement leurs visages, dont les expressions reflètent leur incapacité foncière à exprimer ce qu’ils ont au fond du cœur. Et j’ai regardé leur destinée de très près, avec empathie. La façon dont ils tombent de fatigue le soir dans le train qui les ramène chez eux, leur cou engoncé dans le col de leur pardessus, comme un coquillage qui se referme. Et puis, en fin de parcours, comment ils se retrouvent tous face à l’échéance de la retraite. C’est à toutes ces personnes, qui passent une grande partie de leur vie dans une grande solitude, que j’ai voulu dédier ce film. Voilà donc tout ce qui a en motivé la réalisation. » (extrait d’un document de presse)
Mercredi 4 juillet 17h30
Mercredi 25 juillet 16h45
La ville murmurée
ざわざわ下北沢 zawazawa shimokitazawa
2000 / 105’ / vostf / copie 35mm /
Avec Yoshio Harada, Tomoko Kitagawa, Yukiyoshi Ozawa /
Photographie Takahiro Tsutai / Musique de Kazuto et Reichi Shimizu
Yuki, 20 ans, est née et a grandi à Shimokitazawa, lieu jeune et branché de Tôkyô. Elle promène son regard, sous forme de sketches, à la rencontre des artistes qui s’y produisent ou qui y vivent, comme la musicienne Ingrid Fujiko Heming jouant son propre rôle. Elle rend visite aussi aux simples habitants attachés à leur quartier depuis plusieurs générations. A ses yeux, ils sont parés d’une certaine noblesse car leurs récits, personnels ou anecdotiques, font d’eux les sages dépositaires de l’histoire de Shimokitazawa. Ce voyage initiatique au cœur même de son quartier va transformer la vie de Yuki.
Commentaire du cinéaste :
« Comme son titre l’indique, ce film fait entendre un murmure, celui qui s’élève au-dessus du quartier Shimokitazawa, véritable village au cœur de la capitale tokyoïte.
Il est inutile de chercher à comprendre l’histoire de ce film qui ne raconte rien de particulier. Il se présente en fait comme une série de tableaux qui sont autant de prises sur le vif de Shimokitazawa : son petit cinéma et son petit théâtre personnels, ses commerces de proximité à échelle humaine, tenus de père en fils, serrés les uns contre les autres comme pour se tenir chaud.
Je voudrais que le spectateur prenne le temps d’observer la vie de ses habitants, de s’attarder sur leur visage, leurs expressions.
J’ai voulu faire un film qui montre comment ce quartier vit, comment il respire. »
vendredi 20 juillet 19h45
vendredi 27 juillet 19h45
Crêpe
クレープ kurêpu
inspiré d’une nouvelle de Shizuka Ijûin / 1993 / 56’ / vostf / copie 35mm /
Avec Masashi Tashiro, Kaho Minami, Nana Horie /
Photographie de Hirokazu Ishii / Musique de Tomoki Hasegawa
Tôkyô, vers la fin du mois de mars, saison des cerisiers en fleurs et de la rentrée scolaire. Divorcé depuis 14 ans, Yûsuke n’a jamais vu grandir sa fille Minori qui se prépare à entrer au lycée. Il vient de recevoir un appel de son ex-femme lui demandant de rencontrer Minori au moins une fois dans sa vie. Yûsuke est embarrassé : pour lui, l’existence de cette enfant se réduit au versement d’une pension alimentaire. Le jour de la rencontre approche, Yûsuke s’exerce péniblement à se donner des airs de père d’adolescente. Et au restaurant, il s’habitue à manger des crêpes pensant que c’est le dessert favori des jeunes.
Commentaire du cinéaste :
« Je m’étais fixé pour but d’aller le plus loin possible dans la description du déséquilibre intérieur d’un individu, réduit à l’état d’une plante sans racines, d’un homme sans terre d’attache. »
Samedi 30 juin 15h15
Mardi 17 juillet 19h45
Les complexées
BU・SU busu
1987 / 95’/ vostf / copie 16mm /
Avec Yasuko Tomita, Michiyo Ôkusu, Masahiro Takashima, Mitsuko Oka, Issay Ogata / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Fumi Itakura
A 18 ans, Mugiko n’a jamais quitté sa campagne. Renfermée et complexée, elle est envoyée chez sa tante à Tôkyô qui tient un foyer de geishas en apprentissage. Mugiko s’initie aux arts traditionnels tout en allant au lycée. Elle s’intéresse, sans rien tenter, à Kunio, un garçon sportif membre du club de boxe. Malheureusement, Kunio a une petite amie, Kyôko. Belle et arrogante, celle-ci passe son temps à infliger des brimades à Sakurako, « la moche de la classe ». Mugiko va surmonter sa timidité pour prendre la défense de Sakurako. Cet acte de courage l’aide à s’affirmer et à s’ouvrir aux autres.
Commentaire du cinéaste :
« C’est un film qui rebutera peut-être certains spectateurs. Sombre et pesant, il n’a pas été fait dans le but de divertir. Mon propos consiste à s’interroger, au-delà des questions relatives à une époque précise, sur la façon dont on mène sa vie, convenablement, bien rangé, et barricadé derrière les apparences sociales qu’on se donne et le pouvoir normatif de la langue. « Nous sommes seuls au monde ». C’est, je crois, le message que je souhaite faire passer avant tout autre chose dans ce film. »
vendredi 6 juillet 17h
jeudi 26 juillet 19h45

Informations pratiques
Petite salle (rez-de-chaussée) et grande salle (niveau -3)
Films présentés en
VOSTF (version originale sous-titrée français)
VF (Version française)
VOSTA (version originale sous-titrée anglais)
Tarifs des séances :
Films en VOSTF : 4€ (tarif réduit : 3€)
Films en VOSTA : 2€
Pass annuel « spécial 15e anniversaire » : 50€ (tarif réduit 35€),
valable pour toutes les séances
dans la limite des places disponibles,
en vente jusqu’au 1er décembre.
Informations sur le pass annuel : http://www.mcjp.fr/francais/cinema/paysages-du-cinema-japonais-389/pass-special-cinema