Hommage à Jun Ichikawa

Thème 5

市川準 : 東京を見つめたシネアスト

Du 26 juin au 27 juillet 2012

Jun Ichikawa, un peintre de Tôkyô

Jun Ichikawa Né le 25 novem­bre 1948 à Fuchû, fils d’un mar­chand de jouets, Jun Ichikawa a grandi à Kagurazaka, quar­tier his­to­ri­que et cos­mo­po­lite au cen­tre de Tôkyô. Cinéphile, mélo­mane, pas­sionné de pein­ture, Ichikawa échoue pour­tant, en 1967, au concours d’entrée de l’uni­ver­sité des Beaux-arts de Tôkyô. Pendant plu­sieurs années, il vit de petits métiers tout en s’ini­tiant à l’écriture scé­na­ris­ti­que et au film en 8mm alors en vogue. Il fré­quente aussi les pla­teaux de tour­nage des gran­des com­pa­gnies, mais peine à s’y faire embau­cher en rai­son de la crise du sys­tème des stu­dios.

Alors qu’il a renoncé au métier de cinéaste, « ce rêve loin­tain », l’essor de la société de consom­ma­tion et de l’infor­ma­tion lui donne l’oppor­tu­nité de deve­nir réa­li­sa­teur de films publi­ci­tai­res. Après quel­ques années d’assis­ta­nat en tant que sto­ry­boar­deur, il se fait vite un nom dans la pro­fes­sion, rem­por­tant de nom­breux prix au Japon comme à l’étranger (Festival inter­na­tio­nal de la publi­cité de Cannes, 1985).

Devenu indé­pen­dant dans le contexte d’eupho­rie économique de l’époque dite de « la bulle », Ichikawa a tourné plus de 2000 spots pour le compte de gran­des socié­tés (télé­com­mu­ni­ca­tion, cons­truc­tion, agroa­li­men­taire, etc.). Son talent à valo­ri­ser les pro­duits du quo­ti­dien dans des say­nè­tes de la vie ordi­naire au rythme enlevé (famille, vie de bureau, école, trans­ports en com­mun, rap­ports de voi­si­nage) en fait un créa­teur de plus en plus sol­li­cité par la grande indus­trie.

Cette reconnais­sance lui ouvre les por­tes du cinéma où il se voit offrir les meilleurs cas­tings du moment. Après Les com­plexées (1988), his­toire d’une ado­les­cente en lutte contre sa timi­dité, Ichikawa enchaîne les réa­li­sa­tions, au rythme d’une par an, dans les­quel­les il s’atta­che à dépein­dre l’huma­nité des dra­mes sim­ples de l’homme du com­mun. Comme Ozu, il va s’inté­res­ser à la sphère fami­liale (Mourir à l’hôpi­tal, Tôkyô Sérénade) ; et comme Naruse, à repro­duire l’atmo­sphère d’un lieu (La ville mur­mu­rée, Contes d’Ôsaka) ou le monde des jeu­nes gei­shas (Les com­plexées). Ses mises en scè­nes sont aérées, natu­rel­les, affec­tion­nent le plan-séquence : pos­ture en réac­tion sans doute aux contrain­tes for­mel­les de l’exer­cice publi­ci­taire. Le quo­ti­dien du sala­rié japo­nais (Une vie à Tôkyô) l’ins­pire autant que les best-sel­lers de la lit­té­ra­ture contem­po­raine (Mariko Hayashi, Banana Yoshimoto, Haruki Murakami, Makoto Shiina) trai­tant de la condi­tion fémi­nine, la soli­tude (Tôkyô Marigold), ou la quête de soi chez les ado­les­cen­tes (Jeunes filles au télé­phone por­ta­ble).

La par­ti­cu­la­rité des films d’Ichikawa est la pré­sence insis­tante des pay­sa­ges de Tôkyô sai­sis en lents tra­vel­lings ondu­lants ou en pano­ra­mi­ques contem­pla­tifs (Maria, Tsugumi et la mer). Ils sont autant de tableaux d’une urba­nité englo­bante et réconfor­tante qui rela­ti­vi­sent la mélan­co­lie de ses per­son­na­ges dont la culture est pro­fon­dé­ment et exclu­si­ve­ment cita­dine. Le sen­ti­ment de nos­tal­gie leur étant inconnu, c’est tou­jours au cœur de la ville, espace de cohé­sion et de vie, et de ses pos­si­bi­li­tés infi­nies, qu’ils se res­sour­cent en y trou­vant les moyens de sur­mon­ter leurs expé­rien­ces tra­gi­ques.

En 1995, la cri­ti­que et le public ont vu dans Le goût du tôfu (The Tokyo Siblings) un Ozu moderne. Même s’il a tou­jours porté beau­coup d’inté­rêt au tra­vail du grand maî­tre japo­nais, Ichikawa se sen­tait plu­tôt pro­che d’Eric Rohmer, un des réa­li­sa­teurs fran­çais qui l’a le plus mar­qué. À par­tir des années 2000, la décen­nie des gran­des muta­tions socia­les, son œuvre prend par­fois une tona­lité pes­si­miste quand elle évoque l’hyper­mo­der­nité du Japon à tra­vers les per­son­na­ges tour­men­tés de Tony Takitani et d’Un cos­tume.
Pour ce der­nier métrage, le prix du Meilleur film, sec­tion « Un regard japo­nais », lui a été décerné à titre pos­thume au Festival de Tôkyô (octo­bre 2008).
Fabrice Arduini

Les films

Tôkyô Marigold
東京マリーゴールド tôkyô marî­gô­rudo
d’après le roman de Mariko Hayashi / 2001 / 97’ / vostf / copie 35mm /
Avec Rena Tanaka, Yukiyoshi Ozawa, Yôichirô Saitô, Hikari Uchida, Akira Terao, Kirin Kiki / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Yoshikazu Suo

« Marigold : plante her­ba­cée à fleurs jau­nes dont la flo­rai­son peut durer toute l’année. »

Eriko vient de rom­pre avec son petit ami. Elle se fait une rai­son et reprend vite goût aux joies du céli­bat au cœur de l’hyper­mo­derne Tôkyô. Plus tard, au cours d’une soi­rée, elle sym­pa­thise dura­ble­ment avec le sémillant Tamura, jeune cadre dyna­mi­que au ser­vice des nou­vel­les tech­no­lo­gies. Celui-ci a tôt fait de dis­si­per le malen­tendu : il attend le retour de sa fian­cée par­tie étudier un an aux Etats-Unis. Eriko, amou­reuse mal­gré tout, lui pro­pose un pacte : vivre ensem­ble une année et se quit­ter gen­ti­ment. Pendant 12 mois, elle expé­ri­mente un sem­blant de bon­heur conju­gal, avant d’appren­dre la très désa­gréa­ble vérité sur Tamura.

Commentaire du cinéaste :
« En fai­sant ce film, j’étais obsédé par l’idée d’en faire une œuvre lim­pide. Et durant le mon­tage, j’ai inventé une for­mule résu­mant mon pro­pos : « gar­der le regard frais ». Et je me la répé­tais sans cesse, comme une for­mule magi­que. Personnellement, lors­que je repense à ce film, c’est cette for­mule : « gar­der le regard frais », qui me vient spon­ta­né­ment à l’esprit. »

Mardi 26 juin 20h
En pré­sence de Sachiko Ichikawa, épouse du réa­li­sa­teur
Samedi 30 juin 19h

Tôkyô Marigold © 2001 Tokyo Marigold Film Partners

Tony Takitani
トニー滝谷 tonî taki­tani
d’après la nou­velle de Haruki Murakami / 2004 / 76’ / vostf / copie neuve 35mm /
Avec Issay Ogata et Rie Miyazawa / Narration de Hidetoshi Nishijima / Photographie de Taishi Hirokawa / Musique de Ryûichi Sakamoto

Tony a eu une enfance soli­taire. Il per­çoit donc les émotions comme anor­ma­les, voire imma­tu­res. Quand il ren­contre Eiko, il décou­vre les sen­ti­ments jusqu’alors igno­rés : l’affec­tion, et son pen­dant, la peur de sa perte. Leur amour s’épanouit sans pro­blème à une excep­tion près : l’achat com­pul­sif et irré­sis­ti­ble de vête­ments de mar­que qu’Eiko accu­mule dans une pièce dédiée à cette obses­sion. Quand elle meurt tra­gi­que­ment, Tony passe ses jour­nées dans cette pièce, entouré de ces habits-sou­ve­nirs. Il décide alors de pas­ser une annonce, à la recher­che d’une femme aux men­su­ra­tions de la dis­pa­rue...
Prix spé­cial du Jury, Locarno, 2004
« Tony Takitani resta long­temps à contem­pler d’un œil vague les vête­ments de sa femme. Pour lui, c’était comme une ombre qu’elle avait lais­sée der­rière elle. Des ombres de taille 36, super­po­sées sur plu­sieurs ran­gées, pen­dant sur les cin­tres. On aurait dit un échantillon des pos­si­bi­li­tés infi­nies que rece­lait l’exis­tence humaine, ras­sem­blées et sus­pen­dues là. » (Tony Takitani, Editions Belfond, 2005, tra­duit par Corinne Atlan)

Commentaire du cinéaste :
« Il me sem­ble que le dres­sing qui appa­raît dans le film est à l’image de notre vie. Nous vivons entou­rés d’une quan­tité phé­no­mé­nale de cho­ses que nous ne som­mes pas en mesure d’ache­ter, et qui res­te­ront hors de notre por­tée quoi que nous fas­sions. Cela n’empê­che cepen­dant pas les gens autour de nous de répé­ter sans cesse : « voici un vête­ment qui vous irait à mer­veille », « voici un vête­ment qui est fait pour vous ». Cette situa­tion contra­dic­toire est géné­ra­trice de frus­tra­tion et de pro­fonde soli­tude, sen­sa­tions qui sont le lot com­mun des indi­vi­dus dans nos socié­tés moder­nes. » (extrait du dos­sier du film)

Mercredi 27 juin 18h15
Vendredi 13 juillet 19h45

Tony Takitani © Tamasa Distribution

Maria, Tsugumi et la mer
つぐみ tsu­gumi
d’après le roman de Banana Yoshimoto / 1989 / 105’/ vostf / copie 16mm / _ Avec Riho Makise, Tomoko Nakajima, Yasuyo Shirashima, Hiroyuki Sanada / Photographie de Kôichi Kawakami / Musique de Fumi Itakura

Tsugumi vit à Matsuzaki, une sta­tion bal­néaire de la pénin­sule d’Izu. De cons­ti­tu­tion fra­gile depuis sa nais­sance, la mort est insi­dieu­se­ment pré­sente dans son quo­ti­dien. A 18 ans, elle mène la vie dure à ses parents : crai­gnant que la moin­dre contra­riété pour­rait lui être fatale, ils lui ont tout cédé pen­dant son enfance. Les seuls à lui par­don­ner ses tur­pi­tu­des sont sa cou­sine Maria venue pas­ser les vacan­ces d’été à Matsuzaki, et Kyôichi, le nou­veau petit ami de Tsugumi. L’été tou­che à sa fin, Tsugumi sem­ble être heu­reuse, mais un événement tra­gi­que va l’affec­ter dan­ge­reu­se­ment. Maria, ren­trée à Tôkyô, reçoit une let­tre de Tsugumi qui res­sem­ble fort à un tes­ta­ment.

Commentaire du cinéaste :
« Il y a dans l’exis­tence quel­que chose de très intense, qu’on peut appe­ler « énergie vitale ». C’est une énergie dont on ignore le moment où elle pren­dra fin, une énergie fra­gile, irrem­pla­ça­ble. Cette lueur vitale, j’ai voulu la repré­sen­ter chez une jeune fille confron­tée à de nom­breux obs­ta­cles et dont la vie sem­ble sou­vent ne tenir qu’à un fil. Et j’ai aussi tenu à mon­trer tous ceux qui sont tou­chés au fond du cœur par cette lueur vitale. » (extrait d’un docu­ment de presse)

Mercredi 27 juin 20h
Vendredi 13 juillet 17h30

Maria, Tsugumi et la mer © 1990 SHOCHIKU CO., LTD.

Le goût du tôfu
東京兄妹 tôkyô kyô­dai
1994 / 92’ / vostf / copie 35mm / Avec Naoto Ogata et Urara Awata /
Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Yuki Kajiura

Kenichi et Yôko ont perdu leurs parents et vivent ensem­ble dans la mai­son fami­liale. Kenichi, tren­te­naire, est fiancé mais refuse de se marier avant sa petite sœur Yôko, qui n’a pour­tant que 20 ans. A bout de patience, la fian­cée de Kenichi décide de rom­pre en lui lan­çant au visage « qu’il n’a qu’à se marier avec sa sœur ». Entre-temps, cette der­nière a fait la ren­contre d’un gar­çon. Kenichi se retrouve fina­le­ment seul. L’absence de Yôko lui devient insup­por­ta­ble…
Mention spé­ciale prix de la cri­ti­que inter­na­tio­nale, Festival de Berlin, 1995

Commentaire du cinéaste :
« Il s’agit de l’his­toire d’un frère et d’une sœur qui vivent pai­si­ble­ment dans la mai­son fami­liale située dans un vieux quar­tier de Tokyo. Ils entre­tien­nent la mémoire de leurs parents défunts. Mais la situa­tion change brus­que­ment du fait d’un acte inat­tendu de Yoko. Sa des­ti­née va quit­ter le che­min de la dépen­dance, et du même coup son frère aîné va lui aussi pou­voir pas­ser à une nou­velle phase de son exis­tence. Au pre­mier abord, le film peut paraî­tre inac­tuel, mais je suis sûr qu’il existe réel­le­ment quel­que part une telle mai­son et une telle rela­tion entre un frère et une sœur. C’est en par­tant de là que je me suis convaincu du bien-fondé de ma démar­che. Par ailleurs, abreu­vés comme nous le som­mes quo­ti­dien­ne­ment de films à grand spec­ta­cle, j’ai voulu pour ma part don­ner ici à sen­tir la fuga­cité du temps et repré­sen­ter le pas­sage des sai­sons. Je sou­hai­tais que les spec­ta­teurs, dans l’obs­cu­rité de la salle de cinéma, puisse faire l’expé­rience du temps qui passe, expé­rience qu’aucun autre média pas­sant par l’image n’est de nos jours sus­cep­ti­ble de pro­po­ser. »

Jeudi 28 juin 18h
Mercredi 18 juillet 19h45

Contes d’Ôsaka
大阪物語 ôsaka mono­ga­tari
1999 / 119’ / vostf / copie 35mm /
Avec Chizuru Ikewaki, Kenji Sawada, Yûko Tanaka / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Tomoyuki Asakawa

Ryûsuke et Harumi for­ment un modeste duo de comi­ques. Depuis 20 ans, ils se pro­dui­sent dans les petits théâ­tres popu­lai­res d’Ôsaka. Leur fille, Wakana, 14 ans, observe les que­rel­les inces­san­tes du cou­ple qui finit par divor­cer. Ryûsuke com­mence à boire et dis­pa­raît. Wakana décide de par­tir à sa recher­che. Dans le monde tru­cu­lent d’Ôsaka, elle fait la ren­contre de per­son­nes qui ont connu Kôsuke. Tous lui font un por­trait de son père très dif­fé­rent de celui que lui avait trans­mis sa mère.

Commentaire du cinéaste :
« C’est un pro­jet dans lequel j’ai inté­gré tous les éléments des films qui m’ont dura­ble­ment mar­qué tout au long de ma vie. Même si cela peut paraî­tre un peu vague, je dois dire que jamais aupa­ra­vant je n’avais mis autant de res­senti per­son­nel dans un film. Et j’espère qu’il saura tou­cher les spec­ta­teurs droit au cœur. » (extrait du dos­sier du film)

Jeudi 28 juin 20h
Mercredi 11 juillet 19h45

Contes d'Osaka © 1999 Osaka Story Film Committee

Un cos­tume
スーツを買う sûtsu o kau
écrit, tourné et monté par Jun Ichikawa / 2009 / 47’ / vostf / vidéo HDCAM haute-défi­ni­tion /
Avec Yukiko Sunahara, Sabakichi, Momoko Mieda, Takaaki Yamazaki / Musique de Ryûnosuke Matsumoto

Hisashi, ori­gi­naire d’Ôsaka, est porté dis­paru depuis cinq ans. Un jour, sa sœur Yuki reçoit une carte pos­tale de lui sur laquelle est indi­quée une adresse approxi­ma­tive à Tôkyô. Yuki monte à la capi­tale et finit par le retrou­ver vivant comme un clo­chard sous le pont Azumabashi qui enjambe la rivière Sumida. Hisashi qui se dit fier de pou­voir vivre « confor­ta­ble­ment des déchets de la civi­li­sa­tion » expli­que à sa sœur les rai­sons très per­son­nel­les qui l’ont décidé à dis­pa­raî­tre et à deve­nir SDF.
Meilleur film, sec­tion Un regard japo­nais, Festival de Tôkyô, 2008

Commentaire du cinéaste :
« Avec ce film, j’ai retrouvé l’enthou­siasme qui était le mien lors­que, débu­tant, je com­men­çais à tra­cer ma ligne dans le sillage de la Nouvelle vague, équipé d’une caméra 16mm, et tour­nant libre­ment en exté­rieurs, sans éclairages. » (extrait d’une note datant d’août 2008)

Mercredi 27 juin 17h
Samedi 30 juin 14h

Jeunes filles au télé­phone por­ta­ble ou La quête de soi
あしたの私のつくり方 ashita no wata­shi no tsu­ku­ri­kata
d’après le roman de Kaori Mado / 2007 / 97 ’/ vostf / copie neuve 35mm /
Avec Riko Narumi, Atsuko Maeda, Mariko Ishihara / Photographie de Kazuhiro Suzuki / Musique de Yuri Sasaki

Juri ren­voie aux autres l’image d’une fille heu­reuse et dis­crète. Toutefois, elle vit dans la peur que ce mas­que tombe et qu’il révèle son mal-être. Elle admire Kanako, une cama­rade de classe qui connaît le suc­cès sans que cela ne lui demande le moin­dre effort. Pourtant, subi­te­ment, Kanako est déchue et devient la paria de la classe. Juri et elle sym­pa­thi­sent et se lan­cent dans des échanges épistolaires tour­men­tés avec leurs télé­pho­nes por­ta­bles.
Soleil d’or, Festival Kinotayo, 2007

Commentaire du cinéaste :
« J’ai voulu par­ler de la néces­sité de s’accep­ter soi-même tel que l’on est, de la néces­sité de ne jamais jeter l’éponge, de ne jamais renon­cer à soi. J’ai fait ce film en espé­rant contri­buer à ouvrir les yeux sur la beauté du monde. » (extrait d’un entre­tien dans PHP karatto, mai 2007)

Samedi 30 juin 16h30
Samedi 21 juillet 19h

Jeunes filles au téléphone portable ou la quête de soi © Nikkatsu Corporation

Au prin­temps, chez Barneys ou les incer­ti­tu­des de la moder­nité
春、バーニーズで haru, bânîzu de
d’après le roman de Shûichi Yoshida / 2006 / 120’ / vostf / vidéo HDCAM haute-défi­ni­tion /
Avec Hidetoshi Nishijima, Shinobu Terashima, Chiaki Kuriyama, Tomoroo Taguchi, Mitsuko Baishô / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Arrangement musi­cal de Yasuo Hashimoto

Tsutsui est marié depuis peu à Hitomi ren­contrée à l’occa­sion d’une réu­nion d’affai­res. Il s’entend bien avec le fils de celle-ci issu d’un pre­mier mariage, sa mère et sa sœur artiste-pein­tre. Le cou­ple s’ins­talle serei­ne­ment dans sa nou­velle vie de famille recom­po­sée. Le temps passe jusqu’au jour où Tsutsui, qui se sent pour­tant heu­reux, se met à ima­gi­ner quel autre genre d’exis­tence il aurait eue s’il n’avait pas fait le choix d’épouser Hitomi. Un jour de prin­temps, alors que la famille déam­bule dans le quar­tier com­mer­çant de Shinjuku, Tsutsui retrouve par hasard son ancien ami homo­sexuel avec lequel il avait vécu autre­fois. Quelques temps plus tard, cer­tai­nes cir­cons­tan­ces vont l’encou­ra­ger à révé­ler à sa femme son passé sen­ti­men­tal.

Vendredi 29 juin 17h30
Mardi 24 juillet 19h45

Au printemps, chez Barneys

Tôkyô Sérénade
東京夜曲 tôkyô yakyoku
1997 / 86’ / vostf / copie 35mm /
Avec Kyôzô Nagatsuka, Mitsuko Baishô, Kaori Momoi / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Kazuto et Reichi Shimizu

Une ruelle com­mer­çante dans un quar­tier popu­laire de Tôkyô. Kôichi, qua­ran­te­naire, revient chez lui, où vivent sous le même toit ses parents et sa femme Hisako. Il avait quitté brus­que­ment le domi­cile quel­ques années aupa­ra­vant. Comme si de rien n’était, il reprend son tra­vail dans le com­merce fami­lial d’électroménager. Il retrouve aussi Tami, la veuve mélan­co­li­que qui tient le bar d’en face. Parmi les voi­sins, cer­tains s’aga­cent du mys­tère entre­tenu autour de l’étrange fugue de Kôichi. La rumeur dit qu’il aurait été l’amant de Tami et que cela aurait motivé son départ...
Prix de la mise en scène, Festival des films du monde, Montréal, 1998

Commentaire du cinéaste :
« L’être humain est confronté tout au long de sa vie à des expé­rien­ces qui le dépas­sent. Il atteint l’âge adulte sans s’en ren­dre compte, et est sou­mis à un ensem­ble d’obli­ga­tions dont il ne peut se défaire. Dans ce film, j’ai voulu repré­sen­ter la façon dont le quo­ti­dien oppres­sant d’une société peut gâcher la vie des per­son­nes, et les réduire à l’état de grains de pous­sière s’accu­mu­lant au fil du temps. J’ai donc réa­lisé un film d’amour entre adul­tes, dans lequel les per­son­na­ges lut­tent contre la main­mise d’une telle iner­tie col­lec­tive sur leur exis­tence. Et j’ai sou­haité raconter com­ment la vie dans toute son inten­sité pou­vait venir per­tur­ber la mono­to­nie d’une société au quo­ti­dien morne. » (extrait d’un docu­ment de presse)

Vendredi 29 juin 20h
Mercredi 25 juillet 14h

Le chauf­feur de taxi et l’écrivain
たどんとちくわ tadon to chi­kuwa
d’après deux nou­vel­les de Makoto Shiina / 1998 / 102’ / vostf / copie 35mm /
Avec Kôji Yakusho, Jinpachi Nezu, Hiroyuki Sanada / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Fumi Itakura

Deux comé­dies noi­res, un soir de Noël à Tôkyô.

Le chauf­feur de taxi : Kida (Kôji Yakusho) se mor­fond dans sa condi­tion de chauf­feur de taxi. Solitaire et sans atta­che dans la méga­lo­pole per­pé­tuel­le­ment en mou­ve­ment, il échoue tou­jours à enga­ger une conver­sa­tion avec les gens assis à l’arrière. Tant d’indif­fé­rence a fini par en faire un homme aigri et par­fois vio­lent. Alors que la fin de la jour­née appro­che, il tente sa chance avec un der­nier client qui lui a paru plus aima­ble qu’à l’accou­tu­mée. Mais Kida com­prend bien­tôt que ce der­nier ne l’écoute qu’à moi­tié et qu’il est insen­si­ble à ses épanchements. Dans un accès de rage, il décide de le kid­nap­per…

L’écrivain : Le même jour à la même heure, Asami (Hiroyuki Sanada), écrivain nar­cis­si­que raté, traîne de bar en bar à la recher­che de son plat pré­féré, le ragoût de chi­kuwa (surimi en forme de petit cylin­dre), sans en trou­ver nulle part. Déjà ivre mort, il décide de se rabat­tre sur le res­tau­rant où il est tou­jours reçu avec des égards. Mais, à sa grande sur­prise, l’établissement a été rénové. La clien­tèle est deve­nue snob, et l’accueil plus com­mer­cial que fami­lial ; pire encore, le chi­kuwa a perdu son bon goût d’antan. Se sen­tant trahi par le gérant des lieux et vouant une haine à la terre entière, Asami devient fou. Commence une scène de tue­rie sur­réa­liste avec jets de sang pop art.

Commentaire du cinéaste :
« L’œuvre ori­gi­nale décrit l’exas­pé­ra­tion pro­pre à notre temps, la sen­sa­tion de désor­dre géné­ral où cri­mi­nels et vic­ti­mes sem­blent se confon­dre, et où le quo­ti­dien est fait de mille peti­tes dis­cri­mi­na­tions. Je consi­dé­rais pour ma part Tokyo comme un lieu plu­tôt cha­leu­reux et humain, mais j’ai décou­vert que la ville pou­vait en réa­lité se révé­ler bien plus com­plexe et ambi­va­lente que je ne le pen­sais, bien plus indif­fé­rente, triste et froide que ce que j’en connais­sais. Et je me suis dit que ce serait très inté­res­sant d’obser­ver tout cela depuis une fenê­tre de taxi. Ces der­niers temps, les catas­tro­phes et les faits divers se sont mul­ti­pliés de telle façon qu’il est devenu impos­si­ble d’en com­pren­dre les tenants et les abou­tis­sants. Par le biais de ce film, j’ai voulu mon­trer à quel point nous vivons dans une époque de désor­dres. Mais avant de com­men­cer le tour­nage, je me suis dit qu’il s’agis­sait d’un pro­jet dif­fi­cile et qu’il était pos­si­ble que je n’arrive pas à me faire com­pren­dre. »

Mercredi 11 juillet 17h45
Mercredi 18 juillet 17h30

Une vie à Tôkyô
会社物語 Memories of you kai­sha mono­ga­tari
1988 / 99’ / vostf / copie 35mm /
Avec Hajime Hana, Yumi Nishiyama, Hitoshi Ueki, Kei Tani, Shirô Itô /
Photographie de Susumu Ono / Musique de Fumi Itakura

Salarié d’une grande mai­son de com­merce, Hanaoka est mélan­co­li­que : dans quel­ques mois, il sera à la retraite. Finalement, les vrais plai­sirs de la vie, il les a vécus dans le tré­pi­dant petit monde du quar­tier d’affai­res de Marunouchi, entre la gare de Tôkyô et le palais impé­rial ; et, le soir, dans l’ambiance feu­trée des boî­tes de jazz de la capi­tale. Pendant 34 ans, il a passé plus de temps avec ses col­lè­gues qu’avec sa femme, mère exem­plaire de trois enfants ; et, sou­vent, il s’est senti plus pro­che de ses jeu­nes assis­tants que de son pro­pre fils. A quel­ques jours de sa soi­rée d’adieu qu’il appré­hende comme des funé­railles, une ren­contre inat­ten­due va lui redon­ner le goût de vivre…

Commentaire du cinéaste :
« Dans ce film, j’ai voulu scru­ter de façon métho­di­que l’impres­sion de vide inté­rieur qui règne chez de très nom­breux Japonais sala­riés. Pour ce faire, j’ai observé très atten­ti­ve­ment leurs visa­ges, dont les expres­sions reflè­tent leur inca­pa­cité fon­cière à expri­mer ce qu’ils ont au fond du cœur. Et j’ai regardé leur des­ti­née de très près, avec empa­thie. La façon dont ils tom­bent de fati­gue le soir dans le train qui les ramène chez eux, leur cou engoncé dans le col de leur par­des­sus, comme un coquillage qui se referme. Et puis, en fin de par­cours, com­ment ils se retrou­vent tous face à l’échéance de la retraite. C’est à tou­tes ces per­son­nes, qui pas­sent une grande par­tie de leur vie dans une grande soli­tude, que j’ai voulu dédier ce film. Voilà donc tout ce qui a en motivé la réa­li­sa­tion. » (extrait d’un docu­ment de presse)

Mercredi 4 juillet 17h30
Mercredi 25 juillet 16h45

La ville mur­mu­rée
ざわざわ下北沢 zawa­zawa shi­mo­ki­ta­zawa
2000 / 105’ / vostf / copie 35mm /
Avec Yoshio Harada, Tomoko Kitagawa, Yukiyoshi Ozawa / Photographie Takahiro Tsutai / Musique de Kazuto et Reichi Shimizu

Yuki, 20 ans, est née et a grandi à Shimokitazawa, lieu jeune et bran­ché de Tôkyô. Elle pro­mène son regard, sous forme de sket­ches, à la ren­contre des artis­tes qui s’y pro­dui­sent ou qui y vivent, comme la musi­cienne Ingrid Fujiko Heming jouant son pro­pre rôle. Elle rend visite aussi aux sim­ples habi­tants atta­chés à leur quar­tier depuis plu­sieurs géné­ra­tions. A ses yeux, ils sont parés d’une cer­taine noblesse car leurs récits, per­son­nels ou anec­do­ti­ques, font d’eux les sages dépo­si­tai­res de l’his­toire de Shimokitazawa. Ce voyage ini­tia­ti­que au cœur même de son quar­tier va trans­for­mer la vie de Yuki.

Commentaire du cinéaste :
« Comme son titre l’indi­que, ce film fait enten­dre un mur­mure, celui qui s’élève au-des­sus du quar­tier Shimokitazawa, véri­ta­ble vil­lage au cœur de la capi­tale tokyoïte. Il est inu­tile de cher­cher à com­pren­dre l’his­toire de ce film qui ne raconte rien de par­ti­cu­lier. Il se pré­sente en fait comme une série de tableaux qui sont autant de pri­ses sur le vif de Shimokitazawa : son petit cinéma et son petit théâ­tre per­son­nels, ses com­mer­ces de proxi­mité à échelle humaine, tenus de père en fils, ser­rés les uns contre les autres comme pour se tenir chaud. Je vou­drais que le spec­ta­teur prenne le temps d’obser­ver la vie de ses habi­tants, de s’attar­der sur leur visage, leurs expres­sions. J’ai voulu faire un film qui mon­tre com­ment ce quar­tier vit, com­ment il res­pire. »

ven­dredi 20 juillet 19h45
ven­dredi 27 juillet 19h45

Crêpe
クレープ kurêpu
ins­piré d’une nou­velle de Shizuka Ijûin / 1993 / 56’ / vostf / copie 35mm /
Avec Masashi Tashiro, Kaho Minami, Nana Horie /
Photographie de Hirokazu Ishii / Musique de Tomoki Hasegawa

Tôkyô, vers la fin du mois de mars, sai­son des ceri­siers en fleurs et de la ren­trée sco­laire. Divorcé depuis 14 ans, Yûsuke n’a jamais vu gran­dir sa fille Minori qui se pré­pare à entrer au lycée. Il vient de rece­voir un appel de son ex-femme lui deman­dant de ren­contrer Minori au moins une fois dans sa vie. Yûsuke est embar­rassé : pour lui, l’exis­tence de cette enfant se réduit au ver­se­ment d’une pen­sion ali­men­taire. Le jour de la ren­contre appro­che, Yûsuke s’exerce péni­ble­ment à se don­ner des airs de père d’ado­les­cente. Et au res­tau­rant, il s’habi­tue à man­ger des crê­pes pen­sant que c’est le des­sert favori des jeu­nes.

Commentaire du cinéaste :
« Je m’étais fixé pour but d’aller le plus loin pos­si­ble dans la des­crip­tion du désé­qui­li­bre inté­rieur d’un indi­vidu, réduit à l’état d’une plante sans raci­nes, d’un homme sans terre d’atta­che. »

Samedi 30 juin 15h15
Mardi 17 juillet 19h45

Les com­plexées
BU・SU busu
1987 / 95’/ vostf / copie 16mm /
Avec Yasuko Tomita, Michiyo Ôkusu, Masahiro Takashima, Mitsuko Oka, Issay Ogata / Photographie de Tatsuhiko Kobayashi / Musique de Fumi Itakura

A 18 ans, Mugiko n’a jamais quitté sa cam­pa­gne. Renfermée et com­plexée, elle est envoyée chez sa tante à Tôkyô qui tient un foyer de gei­shas en appren­tis­sage. Mugiko s’ini­tie aux arts tra­di­tion­nels tout en allant au lycée. Elle s’inté­resse, sans rien ten­ter, à Kunio, un gar­çon spor­tif mem­bre du club de boxe. Malheureusement, Kunio a une petite amie, Kyôko. Belle et arro­gante, celle-ci passe son temps à infli­ger des bri­ma­des à Sakurako, « la moche de la classe ». Mugiko va sur­mon­ter sa timi­dité pour pren­dre la défense de Sakurako. Cet acte de cou­rage l’aide à s’affir­mer et à s’ouvrir aux autres.

Commentaire du cinéaste :
« C’est un film qui rebu­tera peut-être cer­tains spec­ta­teurs. Sombre et pesant, il n’a pas été fait dans le but de diver­tir. Mon pro­pos consiste à s’inter­ro­ger, au-delà des ques­tions rela­ti­ves à une époque pré­cise, sur la façon dont on mène sa vie, conve­na­ble­ment, bien rangé, et bar­ri­cadé der­rière les appa­ren­ces socia­les qu’on se donne et le pou­voir nor­ma­tif de la lan­gue. « Nous som­mes seuls au monde ». C’est, je crois, le mes­sage que je sou­haite faire pas­ser avant tout autre chose dans ce film. »

ven­dredi 6 juillet 17h
jeudi 26 juillet 19h45

Les complexées © 1987 TOHO CO. Ltd.

Informations pra­ti­ques

Petite salle (rez-de-chaus­sée) et grande salle (niveau -3)

Films pré­sen­tés en
VOSTF (ver­sion ori­gi­nale sous-titrée fran­çais)
VF (Version fran­çaise)
VOSTA (ver­sion ori­gi­nale sous-titrée anglais)

Tarifs des séan­ces :
Films en VOSTF : 4€ (tarif réduit : 3€)
Films en VOSTA : 2€
Pass annuel « spé­cial 15e anni­ver­saire » : 50€ (tarif réduit 35€),
vala­ble pour tou­tes les séan­ces
dans la limite des pla­ces dis­po­ni­bles,
en vente jusqu’au 1er décem­bre.

Informations sur le pass annuel : http://www.mcjp.fr/fran­cais/cinema/pay­sa­ges-du-cinema-japo­nais-389/pass-spe­cial-cinema

Maison de la culture du Japon à Paris

Cinéma