Considéré comme le père du jidaigeki (film historique) moderne, Daisuke Itô (1898-1981) réalise près d’une centaine de films et écrit deux cents scénarios en cinquante années de carrière. Dans les années 1920, alors que le cinéma japonais reste prisonnier des codes esthétiques du kabuki, il révolutionne le film de sabre par un montage nerveux et des mouvements de caméra audacieux, qui lui valent le surnom d'« Idô Daisuki » (« fou de mouvement »), en l’accompagnant d’un discours invariablement contestataire. Sa modernité tient aussi à sa vision du monde : à rebours du formalisme des figures héroïques traditionnelles, il place au premier plan les marginaux, les vaincus et les humbles auxquels il apporte une expérience psychologique et sentimentale tout à fait inédite pour l’époque.
Cette rétrospective réunit des fragments rares de ses films muets disparus, ainsi qu’une sélection d’œuvres d’après-guerre témoignant de son souci constant de renouveler les formes.
Deux séances exceptionnelles seront accompagnées par une performance du benshi Ichirô Kataoka.
Programme
Vendredi 25 septembre à 19h30 : La tête du serviteur (1955), séance présentée par Fabrice Arduini.
Samedi 26 septembre à 15h : Le trône du maître de nô (1953), séance présentée par Alexander Jacoby.
Samedi 26 septembre à 18h : Les fourberies de Benten Kozô (1958)
Jeudi 1ᵉʳ octobre à 17h : L’amant couvert de blessures (1960)
Jeudi 1ᵉʳ octobre à 19h30 : Le palanquin mystérieux (1951)
Vendredi 2 octobre à 17h : Le sabre de la rancœur (1926) + Duel sanglant à Takadanobaba (1928) + Le sabre coupeur d’hommes et éventreur de chevaux (1929). * Séance accompagnée d’une performance du benshi Ichirô Kataoka et Satsuki Hoshino au piano
Vendredi 2 octobre à 19h30 : Le chevalier voleur (1931). * Séance accompagnée d’une performance du benshi Ichirô Kataoka et Satsuki Hoshino au piano.
Samedi 3 octobre à 19h30 : Le maître d’échecs (1948)
Mercredi 28 octobre à 19h30 : L’amant couvert de blessures (1960)
Jeudi 29 octobre à 19h30 : Le sabre de la rancœur (1926) + Duel sanglant à Takadanobaba (1928)
+ Le sabre coupeur d’hommes et éventreur de chevaux (1929). * Séance accompagnée d’une performance du benshi Ichirô Kataoka et Satsuki Hoshino au piano.
Vendredi 30 octobre à 19h30 : Le trône du maître de nô (1953)
Samedi 31 octobre à 19h30 : La tête du serviteur (1955)
Daisuke Itô (1898-1981)
Né en 1898 à Uwajima (préfecture d’Ehime), Daisuke Itô est issu d’une lignée de samouraïs de l’époque d’Edo. Passionné de littérature, il lance au collège une revue amateur qui finira par attirer l’attention du dramaturge moderniste, et partisan du film d’art, Kaoru Osanai. Celui-ci le fera entrer en 1920 au studio Kinema Shochiku alors que l’industrie du cinéma vient juste de sortir de sa protohistoire. Itô y apprend d’abord le métier de scénariste.
Au bout de trois années de formation et une cinquantaine de scénarios à son actif, il rêve d’une carrière de réalisateur « art et essai », dans le sillage de son mentor Osanai qui critique déjà la nature trop commerciale des films. Après quelques tentatives infructueuses dans la production indépendante avec des films exigeants, Itô entre aux studios prestigieux de la Nikkatsu où, devenu le pionnier du cinéma réaliste socialement engagé (Carnets de route de Chûji, Le page, Le sabre coupeur d’hommes et éventreur de chevaux, etc.), il donnera ses meilleures réalisations de l’avant-guerre.
À cette époque, la liberté d’expression n’est pas totale, mais Itô reconnaît que le genre jidaigeki facilite certains « camouflages », notamment sur les questions politiques et sociales : « les censeurs tolèrent qu’un samouraï hors-la-loi massacre un escadron entier de gardes seigneuriaux à l’époque d’Edo ; mais jouent des ciseaux quand, dans un film contemporain, un gangster s’en prend aux forces de l’ordre. »
À partir des années 1950, Itô devient définitivement indépendant et offre ses talents à diverses sociétés de production en tant que metteur en scène mais aussi en qualité de scénariste chevronné. Fourberies de Benten Kozô, L’amant couvert de blessures, sont autant d’enchantements visuels made in Daiei, studio à l’esprit artisanal attaché par tradition à la qualité technique du cinéma d’exploitation.