Située non loin des anciennes capitales Kyoto et Nara, la région de Kumano est connue pour sa nature luxuriante, ses sites sacrés et les chemins de pèlerinage qui la traversent depuis l’époque médiévale. C’est cette région dont elle est originaire que la pianiste Tomoko Mukaiyama célèbre dans « KUMANO ». Ce projet qu’elle a créé avec le directeur de la photographie néerlandais Reinier van Brummelen se présente sous la forme d’une grande installation. Images filmées à Kumano, œuvres classiques et contemporaines interprétées au piano, bruits de la nature, sons électroniques…  À partir de ses souvenirs d’enfance, Tomoko Mukaiyama nous entraîne sur une terre où se côtoient sacré et impur, beauté et laideur, réalité et imaginaire. 


Jean Sébastien Bach : Sonate pour orgue n° 4 : Andante (arr. Stradal) 
Maxim Shalygin: Prélude n° 1, n° 4 (2005) 
Claude Vivier : Shiraz (1977) 
Maurice Ravel: Concerto pour piano en sol majeur : Adagio assai (1931)
Tomoko Mukaiyama: After Rameau n° 1, Yellow (2021) 



Née à Shingû, dans le département de Wakayama, Tomoko Mukaiyama vit aux Pays-Bas. Elle a été invitée en tant que soliste par de prestigieux orchestres et ensembles : Ensemble Modern, London Sinfonietta, New York Philharmonic, Orchestre royal du Concertgebouw … Elle crée des spectacles, des installations et des œuvres vidéo dont la forme n’est pas conventionnelle et qui, centrés sur la fémininité, traitent de thèmes tels que la sexualité, la mémoire, les rituels, la nature… Avec Reinier van Brummelen, elle a créé plusieurs films expérimentaux pour des festivals et des musées. 
https://tomoko.nl/

• Vendredi 9 à 20h et samedi 10 février à 16h 

Concept : Tomoko Mukaiyama
Piano, narration : Tomoko Mukaiyama
Installation visuelle et lumière : Reinier van Brummelen, Tomoko Mukaiyama
Directeur technique : Yutaka Endo (LUFTZUG)
Régie son  : Yuji Tsutsumida
Régie vidéo : Neda Gueorguieva
Régie lumière : Frank van Schie, Xenia Filimonova
Chargée de production : Yayoi Manabe
Production: Tomoko Mukaiyama Foundation
Co-production : Multus, Aichi Prefectural Art Theater
Soutien : Fonds Podiumkunste 

Spectacle créé le 22 octobre 2021 au Aichi Prefectural Art Theatre (Nagoya, Japan)




INTERVIEW DE TOMOKO MUKAIYAMA 




INTÉGRALITÉ DE L'INTERVIEW DE TOMOKO MUKAIYAMA 

Pourriez-vous nous parler de Kumano, votre région natale ? 


Kumano est un endroit entouré par la mer, traversé par des montagnes et des rivières. A chaque fois que j’y vais, je reviens chargée d’une nouvelle énergie. Ma mère et ma sœur y vivent toujours. Quand j’y retourne, je me promène toujours dans la nature à vélo ou à pied. En novembre dernier, je suis revenue dans un endroit où on allait pique-niquer enfant. J’y ai senti une fraîcheur enveloppante. C'était un matin, il n'y avait personne. La pureté de l’air était palpable, le son de la mer et les chants d’oiseaux résonnaient d’une façon très claire, comme si j’étais dans un tunnel vide. 


Cette région est également un lieu de pèlerinage depuis plusieurs siècles. Vous avez grandi dans un environnement plutôt spirituel, n’est-ce pas ?


Depuis 30 ans, je crée des pièces autour de la féminité ou de ces moments où la vie côtoie la mort. Quand je parle de mort, je ne la conçois pas négativement. Je suis simplement convaincue que la mort accompagne la vie. A Kumano, on sent mieux qu’ailleurs la proximité de la mort et de la vie.


Qu’est-ce que la mort représente pour vous ?


Par exemple, dans l’enfance lorsqu’on assiste à la mort d'un insecte ou d’un animal, on ne comprend pas très bien ce qui se passe, mais les souvenirs restent gravés dans notre mémoire. 
En grandissant, on devient de plus en plus familier avec la mort. Le simple fait de vieillir ne rapproche pas automatiquement de la mort. C’est la disparition de nos proches qui rend la mort plus présente, plus concrète. 

Kumano était annoncé comme un “Concert”. Vous avez tenu à ajouter la précision “avec installation visuelle”. Pouvez-vous nous expliquer cela ? l


J’ai toujours été une enfant très visuelle. Cela peut paraître paradoxal pour une pianiste, mais les images précèdent le son chez moi. 
Dans chaque pays, il y a des artistes qui tentent de traverser les frontières entre les disciplines. 
Une fois les œuvres créées, la plupart des gens souhaitent les placer dans une catégorie et les nommer « concert » ou « installation ». C’est aussi bien sûr pour en faciliter la communication. Pour ma part, j’ai toujours tenté de dépasser ce genre de catégorisation. Le piano sur la scène de Kumano peut faire penser qu’il s’agit d’un concert. Pourtant Kumano est une performance-installation. Jouer du piano fait partie de la performance. Pour ce spectacle, j’ai voulu que voir et entendre soient au même niveau. J’ai donc inclus mes films et des montages de photos dans cette installation.


Pour la création visuelle de cette pièce, vous collaborez avec Reinier van Brummelen. Pourriez-vous nous le présenter ?


Reinier van Brummelen est le directeur de la photographie de Peter Greenaway. Il est connu pour ses incroyables talents d’artiste visuel. En plus d’être un immense chef opérateur, il est également doué en montage, en recherche sur les couleurs, en création lumière… Il a des idées et un savoir-faire dans tous les domaines de l’image. 


Si les images sont marquantes, l’installation des écrans attire également notre attention. Quelle était votre intention ?


Le piano est posé derrière une installation de grands voiles qui paraissent un peu usés. Peut-être que certains en ont déjà vu, car ce sont des moustiquaires. Autrefois, on dressait une moustiquaire autour de nos futons, comme ces lits à baldaquin dans les châteaux. Nous avons donc teint nous-mêmes ces voiles et les avons superposés pour en créer une installation. Ceci répond aussi à mon envie de créer plusieurs dimensions dans la performance. On peut ainsi projeter plusieurs couches d’images. 

Avec Kumano, j’ai voulu superposer plusieurs temporalités, plusieurs espaces. J’ai pensé que le fait d’utiliser une narration permettrait de naviguer plus librement dans ces espaces-temps. Comme je suis avant tout pianiste, les mots ne sont pas mon langage privilégié. J’ai quand même créé des monologues pour cette performance, ce qui représentait un défi pour moi. 

Pour ce qui est de la musique, j’ai réalisé un programme dans lequel plusieurs époques se mêlent : du Bach, du Ravel, une composition de mon ami ukrainien Maxim Shalygin, une musique et des pièces électroniques que j’ai composées…


Pourquoi avez-vous souhaité monter ce spectacle sur Kumano ?


Nous vivons une époque dans laquelle nous nous sentons totalement démunis. On ne peut s’empêcher de s’y sentir désespérés et impuissants. Dans ces moments-là, il faut se réfugier dans des lieux qui nous sortent de la temporalité de notre quotidien, une nature qui nous impressionne par sa force. Cela nous apportera une humilité et nous fera ressentir un peu plus d’espoir.

Ce genre d’expérience est très important pour moi. 

Grâce à ce spectacle, je souhaite partager avec le public la possibilité d’un espoir!